• ♦Le Train de la vie♦

    sad couple love

    le 26 août 1947 

     

    Cher Antoine,

         Je n'ai pas besoin de te demander comment tu vas... Je suppose que là où tu es, rien ne peut aller bien.... Tu me manques tellement. C'est si absurde de t'écrire une lettre que tu ne liras jamais... D'ailleurs, comment pourrais-tu la lire? 

         C'est un besoin que je ressens. J'ai l'impression que tu es toujours avec moi, près de moi grâce à ses mots. Mes amis et amies ne me comprennent pas et me traitent de folle. Ce n'est qu'une apparence qu'ils montrent... Tu le sais toi aussi. Ils ont également perdu des êtres chers, tout comme moi je t'ai perdu, et ils soignent la blessure comme ils le peuvent. Je suis fière de toi, tu es tombais mais tu t'es battu pour tes convictions. Ton courage m'impressionne et ton image restera pour toujours dans mon coeur. C'est une promesse. 

     

         Je me souviens encore quand nous marchions tous les deux avec insouciance dans les champs. On se connaissait depuis la petite enfance mais nous n'avons pas tout de suite vu l'amour qui nous unissait. On avait de la chance d'avoir eu une enfance calme et paisible car ce n'est pas le cas des enfants d'aujourd'hui. La plupart sont traumatisés. Un adulte ou un adolescent fait cicatriser cette déchirure peu à peu mais comment un enfant peut-il oublier ces visions, ces horreurs? Il gardera toujours cette peur en grandissant. Moi, je continuerais de craindre l'avenir maintenant que j'ai vu la profondeur qu'on les ténèbres. Toi, tu ne grandiras plus. Le temps s'est arrêté. 

         Je rêve souvent que tu es encore là. Dans mes rêves, tu souris pour me rassurer et tu me prends dans tes bras. On est sur le quai de la gare où tu n'es pourtant jamais revenu. Autour de nous, il y avait des familles et des couples, heureux de se retrouver. Personne ne pleure ou alors, ce sont des pleurs de joie. Je suppose que j'ai besoin d'imaginer une scène comme celle-ci, une scène où tout le monde à le sourire et où la tristesse est bannie.

          Quand tu m'avais embrassée pour la première fois, je t'avais mis une claque en te traitant de fou. Tu avais souri et avait recommencé parce que tu savais que je te repousserais pas la deuxième fois. Et tu avais raison. C'est à partir de ce moment qu'on était sorti ensemble. Personne n'était étonné car pour tout le monde, il était certain qu'on finirait ensemble. On faisait comme tous les couples: on s'embrassait, on se câlinait, on riait, on se promener main dans la main et parfois, toi qui n'es pas romantique, tu m'offrais des fleurs que tu cueillais toi-même. 

     

         Et puis, tout a basculé. Lentement, sans que personne ne s'en rende compte. Si j'avais su... Oh oui, si j'avais su, je t'aurais supplié pour qu'on parte tous les deux le plus loin possible pour continuer à vivre heureux. En te connaissant, tu aurais refusé et le résultat aurait été le même qu'aujourd'hui.

         Les soldats avaient doucement commencé à conquérir notre pays et nous n'avons rien vu venir jusqu'au jour où le gouvernement est tombé. C'est à ce moment que les jours ont été plus noirs que jamais. Peu de temps après la prise de la capitale, les rafles ont commencé, la nourriture était rationnée dans les grandes villes surtout où la population était plus nombreuse. Nous, nous vivions dans notre petit village natal en pleine campagne alors on ne souffrait pas vraiment du rationnement car tous les habitants avaient leurs potagers dans leurs jardins. Franchement, on avait pas à se plaindre. En plus, on vivait dans le Sud, ici, c'était en zone libre. Je n'ose pas imaginer la vie au Nord sous l'emprise de nos ennemis. Toi non plus, tu ne voulais pas l'imaginer. Tu avais déjà du mal à accepter la situation.

        Plus les jours et les mois passés, moins on voyait d'espoir que cette maudite guerre prenne fin. Les règles de vie devenaient chaque jour plus pénible et la peur s'était installée. Les gens pas crainte des ennemis et aussi par espoir d'avoir quelques aides en plus pour vivre, dénonçaient ceux que cherchaient les soldats ennemis et collaboraient sans comprendre les conséquences de leurs actes. Ils les connaissaient peut-être mais ils préféraient les ignorer pour ne rien regretter.

        On ne peut pas juger ces gens là. Certains prenaient peut-être un malin plaisir dans cette collaboration mais beaucoup d'autres le faisaient à cause de la peur. Ce sentiment avait rongé ces personnes de l'intérieur leur faisant commettre les pires actes. Sans toi, j'aurais pu facilement être comme eux. J'avais peur comme tout le monde, comme toi. Mais tu contrôlais ta peur pour la changer en courage ce que je ne savais pas faire alors, tu me rassurerais tout le temps en me montrant les petites améliorations qui parfois survenaient dans notre quotidien. L'espoir brillait dans tes yeux. Tu étais sûr que tout cela se finirait un jour. Là encore, tu avais raison. Mais à quel prix?

        Mon petit cocon d'espoir s'est fracturé un soir d'hiver. Tu revenais du village quand nous sommes passés à table. Tu n'as rien mangé ce soir-là. Cependant, tu avais passé ton repas à me fixer. Je n'ai toujours pas décrypté l'émotion qui se trouvait dans ton regard. Au moment où je t'avais demandé ce qui s'est passé, tu avais pris ton temps pour me répondre. Là, tu m'avais avoué que tu partais. 

         Sur le coup, j'en avais lâché ma cuillère qui était tombée sur le sol. J'avais ressenti un grand vide en moi. J'avais l'impression d'être un gouffre. J'ai été appelé pour me battre sur les lignes de front, tu m'avais dit. Je n'en revenait pas. On ne pouvait pas t'enlever de moi comme cela! Je n'étais rien sans toi, je suis une incapable lorsque je ne t'ai pas près de moi... Tu avais souri en me répondant que tu n'avais pas l'intention d'y aller. Je t'avais alors demandé comment tu ferais car en te présentant pas, des soldats viendraient te chercher. Toujours aussi calme, tu m'avais expliquée que tu allais rejoindre la résistance. J'en étais restée bouchée bée. Comment pouvais-tu dire cela en restant aussi calme?! Tu m'impressionnais. Je m'étais mise à m'inquiéter pour toi. Tu ne serais plus en sécurité et je n'aurais plus de nouvelles de toi régulières. Une fois encore, tu m'avais rassuré en me disant que tu ne partirais pas longtemps et qu'on serait de nouveau rapidement réuni.

         Dès le lendemain, tu étais parti tôt le matin. Le Soleil ne s'était même pas encore levé. C'était bien normal qui tu ais souhaité de faire discret. Personne ne t'avais vu partir sauf moi. Bien entendu, tu savais que je ne dirais rien. Je t'aimais bien trop pour te faire une chose pareil. Mettre ta vie en danger est bien la dernière chose que je ferais. 

        Au début, tu m'écrivais souvent de courts messages pour me rassurer. Tu ne pouvais pas te permettre de te faire repérer et je comprenais tout à fait. A chaque messages de ta part, je sautais de joie. D'une part car cela signifiait que tu ne m'oubliais pas et qu'en plus, tu étais toujours vivant. 

        Et puis, peu à peu, les nouvelles se sont espacés. Tes mots étaient toujours aussi courts mais j'étais rassuré d'en recevoir. J'étais sans cesse inquiète pour toi. C'est bien normal. 

         Tu résistais. Tu n'étais pas forcément un dur à cuire mais tu étais intelligent et tu t'en sortais. Peut-être que c'était juste beaucoup de chance mais j'en doute. Les gens oublient vite le sens de résister. Ce n'est pas uniquement ces démonstrations impressionnantes comme des résistants prenant par surprise un petit groupe de soldats ennemis et les tuant. Résister, c'est aussi de petites choses anodines, cela peut être porter des messages, cacher des personnes ou des armes. Il y a tant de façon de résister même écrire et dénoncer ce qui s'est passé en fait parti.

        Pour ma part et à cause de ma nature peureuse et soucieuse, j'ai mis bien plus de temps que toi à résister. Je n'avais pas la même importance que tu jouais aussi. Mes actes étaient moins risqués que les tiens. J'étais chargée de faire passer des messages d'un points à un autre. J'allais récupérer une fois à trois fois par semaine un paquet de petits mots griffonnés au creux d'un arbre du village et puis, ensuite, je faisais plusieurs kilomètres en vélo pour aller les mettre sous un rocher. Là, une autre personne était chargée de les faire circuler jusqu'à leurs destinataires. 

         Et puis, un jour, j'ai reçu cette lettre m'annonçant ton décès. Je  ne voulais pas y croire  mais tu avais été identifié. J'ai été anéantie par cette nouvelle. En fait, je ne me rendais pas compte que je ne te reverrais plus. Tu m'avais promis pourtant qu'on se retrouverait...

     

         Je suis allée sur le lieu où a cessé d'être après la guerre. Même si tu n'as pas pu le voir de tes propres yeux, nous avons gagné. C'était au milieu d'un bois, sur une ligne de chemin de fer. A cause d'une erreur dans la minuterie qui devait faire exploser un train, tu m'as été enlevée. Il n'y avait aucune trace de ce qui s'était produit mais je savais, moi, je savais que tu avais été ici. Mes larmes avait coulé et j'étais tombée à genoux en regardant cette satanée voir ferrée. 

     

        En fin de compte, cette ligne de chemin de fer était ce qui nous avait séparé. C'était une limite, un gouffre. Moi, j'étais d'un côté de cette voie, celle des vivants et toi, de l'autre. 

    Tu me manques,

    Louise


  • Commentaires

    1
    Dimanche 1er Juin 2014 à 11:09

    Wow ... C'est ....Wow xD

    C'est triste , j'adore comment tu as modelée ça de façon a faire une lettre , je n'y aurait pas pensée moi-même ^^

    2
    Dimanche 1er Juin 2014 à 12:15

    Merci ^^ ça faisait longtemps que je voulais faire un one-shot sous forme de lettre mais je ne savais pas quoi écrire dedans. C'est en voyant l'image que j'ai tout de suite su que j'allais faire ça ^^ 

    C'est vrai que prend le contexte de la seconde guerre mondiale est délicat et c'est pas forcément à ce qu'on pense en premier ^^ 

    3
    Dimanche 1er Juin 2014 à 12:28

    C'est bien vrai :) En tout cas je te félicite , c'est un texte splendide ^^

    4
    Dimanche 1er Juin 2014 à 12:29

    Merci beaucoup ^^

    5
    Dimanche 1er Juin 2014 à 12:50

    Très beau texte mais très triste... C'est une bonne idée comme thème, moi même, je suis sûr que je n'aurais jamais penser a cela avec cette image :)

    Et que ce texte soit transformer en Lettre.. Je trouve sa plus agréable (même si je ne sais pas trop comment ^^').

    6
    Dimanche 1er Juin 2014 à 12:54

    Merci, oui, c'est triste mais c'était le but que je recherchais et, effectivement, on ne pense pas à ça en voyant l'image^^" 

    La forme de la lettre permet de rendre le récit plus personnel et l'emploi du pronom "je" plonge peut-être le lecteur plus facilement  à la place du narrateur. :)

    7
    Dimanche 1er Juin 2014 à 21:33

    Coucou :)

    J'ai bien aimé. L'idée de la lettre est originale. 

    Celle de la guerre l'est aussi. Bien qu'elle soit triste.

    Je te donne quelques conseils pour ton prochain récit (surtout ne sois pas vexée hein ;) )

    -Bien relire, relire et ENCORE relire pour les fautes (bien qu'elles soient rares)

    -Faire encore plus ressentir les emotions, ça donne toujours envie :)

    -Et le fait de raconter l'histoire est bien. Seulement, n'oublie pas que tu la racontes à quelqu'un l'ayant déjà vécue. Alors n'écrit pas TOUT et laisse un peu imaginer les lecteurs, fais plutôt des phrases comme si tu permettait au recepteur de se souvenir de ses moments. Et tu laisses imaginer les autres lecteurs :)

    Voila. En tout cas sympathique histoire.

    8
    Dimanche 1er Juin 2014 à 21:37

    Merci pour tous ces conseils ^^ Oui, je ne me relis jamais assez... Faire ressentir les émotions est très durs je trouve, j'ai fait de mon mieux :)

    9
    Dimanche 1er Juin 2014 à 22:18

    De rien, aider en écriture, j'aime beaucoup. 

    Je sais, c'est très difficile. Mais tellement agréable à lire.

    Et tu l'as quand même fais hein ! 

    10
    Samedi 7 Juin 2014 à 14:04

    OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII T^T Bouhouhouu...

    11
    Samedi 7 Juin 2014 à 14:08

    Tu trouves ça triste, toi ^^"

    12
    Samedi 7 Juin 2014 à 14:10
    T^T (Tu peut répondre au RPG ? Je suis dead au moment des requins x) )
    13
    Samedi 7 Juin 2014 à 14:57

    (dsl, je mangeais ) 

    14
    Mercredi 25 Juin 2014 à 22:22

    Ouaww très expréssif c'est vraiment beaux  !!!!! ^^

    15
    Mercredi 25 Juin 2014 à 22:25

    Merci :)

    16
    Mercredi 25 Juin 2014 à 22:33

    Derien ! ^^

    17
    Vendredi 27 Février 2015 à 19:42

    J'adore !!!!!!!!!!!!!! Même si c'est un peu triste mais j'aime bien comme ça!

    18
    Vendredi 27 Février 2015 à 20:46

    Merci :)

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