• ♦La princesse danseuse♦

    Ce one-shot est inspiré du conte des Souliers au bal usés des frères Grimm ainsi que de Piégée d'Heather Dixon. 

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    Des rires enfantins résonnaient dans le château tout entier. Des applaudissements les suivirent. Dans le jardin du palais royal, bien à l'abri des regards, cachées par des arbres, les petites princesses, filles du roi et de la reine du royaume de Mandragora, dansaient. 

    La plus âgée, l'aînée, se nommait Alice et était alors âgée de 10 ans. Espiègle, souriante et énergique, cette enfant qui, un jour monterait sur le trône, n'aimait qu'une chose dans la vie, danser. C'était sa passion. Passion qui lui avait été transmis pas sa mère. Et passion qu'elle transmettaient à ses soeurs. 

    Alice apprenait ce jour-là de nouveaux pas à ses soeurs. Celles-ci avaient toujours des yeux qui brillaient de joie quand elles voyaient leur aînée dansait. Il faut dire que malgré son jeune âge, Alice avait déjà beaucoup de grâce. 

    Cette partie de son enfance, Alice n'en avait que de bons souvenirs qu'elle chérissait plus que tout. Durant cette période, elle ne se souvenait pas avoir été malheureuse ne serait-ce qu'une seule fois. Mais toutes les bonnes choses ont une fins et avec les années qui passèrent, il fallait bien que le temps heureux prennent un jour fin. 

    Des années plus tard, Alice avait à présent onze soeurs. La plus jeune venait de naître et la fatigue de l'accouchement avait eu raison de la reine. La famille royale fut alors en grand deuil. Le souvenir de la reine était encore tellement présent dans le coeur de son mari, de ses filles et des domestiques. C'était une femme d'une grande générosité et pleine de bonté. Tout le monde la regrettait. Mais celui qui était le plus malheureux de cette perte était le roi, son époux. A l'annonce de la naissance de sa fille et du décès de son épouse, il était à la chasse. Il n'avait pas vu la femme avec qui il avait partagé tant d'années et tant de choses dans ces derniers instants. C'était bien là son plus grand regret. Il n'arrivait pas à se remettre de cette blessure causer par cette disparition.

    Le chagrin eu raison de lui. Il ne résonnait plus comme il aurait dû. Le roi ferma les portes du palais et le plongea dans l'obscurité en ordonnant la fermeture de tous les volets. Le château était devenu une cage dorée où la liberté n'avait plus sa place. Le roi fit passer également d'autres réformes. La musique était maintenant interdite dans tout le royaume comme le chant et la danse. Pourquoi? Et bien parce que c'était les activités préférées de sa défunte femme. Ses filles avaient protesté,surtout Alice,  contre cette dernière interdiction mais le roi n'avait pas cédé. La danse était désormais interdite et elle le resterait tant qu'il serait encore en vie. 

    Peu de monde venait à partir de ce jour au palais royal. Les portes en étaient fermées et la vie semblait être ralentie. 

    Pendant plusieurs années,Alice et ses soeurs ont continué de grandir ainsi. L'aînée était à présent en âge se marier mais elle savait que son père ne lui trouverait pas de prétendant alors qu'il le devrait. Il ne le ferait pas car, pour lui, Alice était encore une toute jeune enfant. Il ne l'avait pas vu grandir et il ne se rendait pas compte qu'elle était maintenant une jeune femme. Une jeune femme loin d'être épanouie. Alice rêvait d'aventure et de partir à la découverte du monde loin de ce château obscure avec ses maudites règles qui vous enfermez alors que vous n'aviez rien demander. Et puis, par dessus tout, elle voulait pouvoir danser de nouveau. Danser sans penser  à rien d'autres. Alice en était sûre, sa mère n'aurait pas approuvé que le roi interdise la danse car c'était ce qu'elle avait de plus précieux. La danse était un lien entre la mère et ses filles, une passion commune qu'elle leur avait partagé. Le dernier lien qui les unissait d'ailleurs car le roi avait fait brûler tous les portraits de la reine et toutes les photos où elles apparaissaient. Elle n'existait plus et aucune preuve de son existence n'était admise à rester visible à quiconque. Seul la mémoire des gens qui l'avait connu pouvait encore se souvenir du visage de cette reine. Le deuil dans lequel le royaume était contraint de rester était aussi une marque du souvenir encore présent malgré les années écoulées. 

    Cependant, les choses ne sont jamais éternellement figés. Peu importe ce que l'on souhaite, il y aura toujours un grain de sable qui viendra enraillé votre projet. 

    Chaque soir Alice lisait une histoire à ses plus jeunes soeurs pour les endormir. Elle avait pris cette habitude des années plus tôt et s'y tenait tous les soirs. C'était un rituel qui s'était instauré avec le temps. 

    Quand elle eu fini sa lecture, Alice referma le livre qu'elle reposa sur l'étagère. 

    "Allez vous coucher maintenant. Il est l'heure pour le marchand de sable de passer."

    Alice avait de l'autorité sur ses cadettes. Aucune ne contestait jamais ce qu'elle disait. Elles voyaient en elle une leader. Alice était un exemple pour ses soeurs, un modèle à suivre. Une fois qu'elles furent toutes couchées, Alice y compris, cette dernière attendit que toutes ses soeurs sans exceptions soient endormies.  

    En silence, elle se leva et elle se dirigea vers la porte de la chambre sur la pointe des pieds. Alice ne voulait absolument pas les réveiller. Elle craignait même de les réveiller. Elle devait se faire discrète. 

    Pieds nus, Alice se glissait avec la discrétion d'un chat dans les couloirs obscures du palais. Elle pouvait se repérer les yeux fermés. Elle ne faisait aucun bruit. Elle connaissait les heures de rondes des gardes et savaient à quel moment passer pour les éviter. 

    Comme chaque soir, elle ne croisa personne dans les couloir bien évidemment. Elle se rendait à l'autre bout du château. C'était un chemin assez long même si elle connaissait tous les raccourcis. Elle n'était plus très loin de sa destination. 

    Soudain, elle vit la lumière d'une torche à une intersection. Ce n'était pas un garde car ils ne passaient jamais par ce couloir et encore moi à cette heure-là.  Alice se colla contre le mur en espérant que la personne n'allait pas tourner dans sa direction. La personne? Elle entendit deux voix. Ce n'était pas une mais deux personnes. Et parmi elles, Alice arriva à reconnaître la voix de son père. Elle se demanda ce que pouvait bien faire le roi à une heure si tardive à se balader dans les couloirs du château. Elle retint sa respiration quand ils passèrent près d'elle. Ils ne tournèrent pas dans sa direction, heureusement pour elle. C'était un homme qui accompagnait le roi. Et pour être plus précis, il s'agissait de son conseiller. 

    "Votre Majesté, vous savez qu'il est temps de faire un bal pour trouver un prétendant à la princesse Alice. Elle est en âge de se marier et une mariage princier permettrait une alliance avec notre royaume.

    -Baliverne! Je vous ai déjà dit que je ne voulais pas entendre parler de bal. Je déciderais du destin de la princesse et pour le moment, je ne veux point envisager cette solution. Je suis encore robuste. Je n'ai point besoin de marier ma fille pour le moment."

    Ils s'éloignèrent tandis que le conseiller essayait en vain de raisonner le roi et de lui faire accepter son point de vue. Quand elle n'entendit plus les voix et qu'elle ne vit plus la lumière de la lampe, Alice reprit sa marche silencieuse. 

    Ainsi, le conseiller était bien pressé de la voir mariée. Elle grimaça à cette pensée. Déjà qu'elle avait peu de liberté alors devoir épouser un homme qu'on aurait choisi pour elle... C'était lui retirer encore une liberté. La princesse atteignit la salle qui était sa destination.  

    Elle ouvrit, avec l'impatience d'un enfant qui se trouve devant un cadeau de noël, la porte qui était devant elle. Alice entra dans la pièce et fit en sorte de refermer la porte, tout doucement pour ne pas faire de bruit, derrière elle. 

    Alice s'avança jusqu'au centre de la pièce. C'était l'ancienne salle de bal. Personne n'y venait jamais depuis l'interdiction du roi. Personne sauf Alice. La salle était pleine de poussière. Alice ne pouvait faire le ménage dans le noir le plus complet. Mais elle connaissait les recoins de la salle par coeur et pouvait s'y repérer sans problème les yeux fermés. C'est d'ailleurs ce qu'elle fit, elle ferma les yeux. Elle imagina une musique dans sa tête. Une musique douce et lente et elle s'élança pour danser. En rythme parfait avec la mélodie imaginaire, la danseuse se laissa emportée par ses pas gracieux. 

    Les yeux fermés, elle tournoyait seule dans l'immense pièce. Elle n'emmenait jamais ses soeurs avec elle ici. Alice les adorait mais elle avait besoin d'être seule quand elle se trouvait là. C'était son secret à elle, son moment à elle. 

    Quelques jours plus tard, Alice surprit ses petites soeurs en train de danser dans les jardins. 

    "Arrêtez! Si quelqu'un d'autre vous voit, père nous passera un savon.

    L'inquiétude la rongeait. Leur père ne laisserait pas passer que ses filles dansent. Elles auraient de gros ennuis. 

    Dans son dos, Alice entendit un toussotement. Oh non ! Ce qu'elle craignait venait de se produire, quelqu'un avait vu ses soeurs dansaient. Et à leurs têtes, ce n'avait pas l'air d'être n'importe qui. Alice savait qui se trouvait juste derrière elle mais elle espérait se tromper. Elle se retourna lentement pour réaliser que ses craintes étaient fondées. 

    -Père..., balbutia-t-elle, quelle joie de vous voir. 

    -J'aimerais pouvoir en dire autant.

    Le roi avait un regard sévère. Un regard froid qui, quand vous le croisez, vous dissuade de lui tenir tête. Il était célèbre bien au-delà du royaume pour son fameux regard. Toutes les filles étaient crispées. Elles attendaient que leur père rajoute quelque chose. 

    -Allez dans mon bureau, immédiatement."

    Son ton ne laissait aucune place à la protestation. Les princesses suivies de leur père rentrèrent dans le château et se rendirent dans le bureau du roi. Celui-ci s'installa lentement dans son fauteuil. Il regarda une à une chacune de ses filles, debout en face de lui. Elles étaient alignées dans l'ordre de leurs naissances et se tenaient droites. Alice évitait à tout prix le regard glacial du roi qui les dévisageait avec lenteur. Il enleva ses gants pourpres qu'il posa sur son bureau.

    Les hurlements du roi s'étaient entendus à l'autre bout du château. De sa vois puissante, il avait incendié ses filles les unes après les autres. Il avait commencé par la plus jeune, se montrant un brin plus doux qu'avec ses aînées. Le tour d'Alice arriva enfin. 

    Elle avait le visage impassible. Alice était plus grande que son père. Elle le dépassait d'une demie-tête. Cependant, elle se sentait bien faible devant ce père froid et implacable. Elle regardait droit devant elle, ne voulant pas croiser le regard de cet homme.

    Pendant un moment qui lui parue interminable, Alice encaissa les aboiements et les mots cruels que son père lui crachait au visage. Plus jeune, elle en pleurait, maintenant, elle serrait les poings. Que pouvait-elle bien faire d'autre? Elle n'était rien en comparaison au roi. Elle ne pouvait pas lui répondre mal, elle ne pouvait pas se dresser contre lui. 

    "Sortez maintenant! La danse est bannie de ce royaume. La prochaine que je surprendrais à danser le regrettera! Elle sera pendue. "

    Cela pouvait être paraître comme une menace extrême ne visant qu'à faire peur. Mais le roi était un homme qui n'avait pas d'humour, qui ne rigolait jamais. Alice déglutit. Elle savait qu'il était sérieux. 

    Elle avait donc arrêté ses escapades nocturnes et ne se rendait donc plu, seule le soir, dans la salle de bal. La danse, seule morceau de liberté qui lui restait clandestinement, lui avait été arraché. Elle tenait à sa vie. La salle de bal était désormais déserte à jamais. 

    Alice prenait soin de ses soeurs aussi. Elle s’inquiétait pour elle. La princesse imaginait souvent qu'une de ses cadettes n'ait pas pris la menace du roi au sérieux. Comme une fée bienveillante, Alice veillait sur ses petites soeurs. 

    Seulement, parfois, quand on est jeune, on teste les limites. Alice ne pouvait pas sans cesse surveillait les autres princesses. Et l'une de ses plus jeunes soeurs avait enfreint la règle concernant la danse. 

    Le roi s'était alors montré cruel. Il avait mis sa menace a exécution. La princesse avait été enfermée tout de suite enfermée dans les cachots du château et ses soeurs n'avaient nullement le droit de venir la voir. Dans la cour de la demeure royale, le roi avait fait mettre un échafaudage de bois pour la pendaison. 

    C'était sans ménagement que le roi, devenu tyran et monstre, avait fait pendre l'une de ses filles devant la cour entière et ses autres filles. Il les avait obligées à assister à l'exécution de leur soeur. Elles avaient été aux premières loges. Alice n'avait pas pu regarder. Elle avait fermé les yeux. Elle ne reconnaissait plus son père. Comment avait-il pu faire cela?! C'était au-delà de l’imaginable. Alice avait toujours eu un profond respect pour son père. Mais à partir de ce moment là, tout le respect qu'Alice avait pour le roi venait de disparaître. Elle ne ressentait que de la colère pour son père. 

    Quelques semaines après l'exécution, les princesses ne dansaient plus en cachette. Elles avaient bien trop peur de leur père. Aucune ne voulait mourir. Alice avait continué à lire à ses soeurs des histoires tous les soirs. Elle remplissait son rôle de grande soeur protectrice bien plus qu'elle le devrait pour son âge. 

    Ce soir-là, les deux plus jeunes couraient en jouant à chat dans la chambre. Elles partageaient toutes une seule et unique chambre. Soudain, la plus petite chuta dans un recoin de la pièce. Elle se rattrapa au mur à une dalle. Cette dernière s'affaissa et le mur se mit à trembler. Un passage secret s'ouvrit sous les yeux à la fois inquiets et curieux des princesses. 

    "Ne vous en approchez pas! Cela pourrait être dangereux.

    Alice ne connaissait pas l'existence de ce passage. Elle ne voulait pas qu'une de ses soeurs s'en approche. Si l'une d'elle devait y entrer et vérifier que rien n'était dangereux, ce devait être elle. Doucement, elle s'approcha de l'ouverture dans le mur. 

    "Blair, donne-moi donc une bougie", ordonna Alice.

    La dénommée Blair exécuta l'ordre de son aînée sur le champ. Alice prit la bougie et elle se tourna vers le passage secret et s'avança vers celui-ci avec prudence. 

    A la faible lumière de la bougie, elle discerna dans l'obscurité un escalier en colimaçon. Alice ne savait pas s'il descendait loin dans les sous-terrains du château et elle ne voulait pas se risquait à descendre ce soir.

    Le passage se referma de lui-même quelques instants plus tard. Les princesses conclurent qu'elles iraient explorer ce passage le lendemain soir.  Et le soir suivant, elles se munirent chacune d'une bougie. Alice ouvrit le passage et fut la première à s'aventurer dedans. Les autres la suivirent.

     Pendant combien de temps descendirent-elles l'escalier? Au moins une bonne dizaine de minutes. Quand elles arrivèrent en bas, les princesses constatèrent qu'elles n'avaient plus besoin de leurs bougies. Une lumière surnaturelle s'échappait de cet endroit sous-terrain. Alice posa sa bougie imitée ensuite par ses soeurs. Elles les reprendraient quand elles remonteraient dans leur chambre.

    Elles ne savaient pas vraiment où elles étaient mais le lieu était magnifique. C'était une sorte de petit jardin encerclé par des haies qui couvraient les murs. Le plafond ressemblait à un ciel étoilé et le sol était en pelouse. La verdure était abondante. Sur les haies, il y avait des fleurs... Mais des fleurs faites de pierreries. Cet endroit secret était tout simplement féerique. Alice s'avança, bouche bée devant ce spectacle. 

    Une idée la frappa soudainement. Personne ne les voyait ici. Personne ne pouvait les voir et personne ne se doutait que les princesses étaient là. Peut-être pourraient-elles danser ici? Il  y avait bien assez de place. Alice jeta cependant un coup d'oeil vers ses pieds. Elle n'avait plus de chaussons de danse depuis des années et danser pieds nus ici ne serait convenable. Elle devrait garder ses souliers et elle grimaça un peu à cette idée. Les souliers n'étaient pas des chaussures agréables et danser avec abîmerait vite les chaussures mais aussi les pieds de la danseuse.

    "J'ai rarement de la visite. Vous êtes-vous perdues, mesdemoiselles?"

    Alice se retourna vers la voix masculine qui venait de derrière elle et ses soeurs. Elle ne connaissait pas cette voix. En face d'elle ce tenait un jeune homme qui avait un grande élégance. Alice le détailla. Il était grand et mince. Plus que mince même. Il était d'un maigreur effrayante. Vêtu d'un costume noir, l'homme avait ses doigts squelettiques recouverts de gants eux aussi noirs. Ses yeux verts avaient une teinte surnaturelle qui contrastait avec la pâleur cadavérique de sa peau.  Alice se méfia de ce jeune homme qu'elle ne connaissait pas. Les avait-il suivi? C'était impossible, elles l'auraient remarqué bien plus tôt.

    "Qui êtes-vous? demanda Alice avec méfiance. 

    Un sourire carnassier se dessina sur le visage lugubre de l'inconnu.

    -D'ordinaire, la politesse veut qu'on se présente avant de poser ce genre de question, princesse. Mais vous le demandez si gentiment que je vais vous répondre. Je suis le gardien de ce lieu, lord Baxter. 

    Ce nom ne disait rien à la princesse. Elle jugea inutile de se présenter car il avait l'air de savoir qui elle était. Le regard du jeune homme se posa sur les autres princesses qu'il salua poliment une à une. 

    -Bienvenue à la Cour Secrète. Faites ici ce qu'il vous plaira. 

    -Même danser? demanda l'une des plus jeunes soeurs d'Alice.

    Le regard de lord Baxter se posa sur elle.

    -Mais bien sûr. Personne ne le saura. Vous êtes en sécurité ici. 

    Un sourire apparu sur son sinistre visage. Puis, il claqua des doigts. Une musique se mit en route. Il était impossible de définir la source du bruit mais elle était bien là. 

    -Danser, vous le pouvez si vous le souhaitez. Tous vos rêves deviennent des réalité en ce lieu.

    Le plus petites, ravies, s'étaient déjà mises  à danser. Cette sensation de légèreté leur avait tellement manqué. Elles se sentaient libres.  Alice fut bientôt la seule qui ne dansait pas alors que c'était celle qui aimait le plus virevolter sur la musique. 

    -C'est presque trop beau pour être vrai, chuchota-t-elle.

    Lord Baxter était maintenant à côté d'elle. 

    -Vous avez raison, princesse. Ce lieu vous apporte la liberté dont vous rêvez mais elle a un prix. 

    -Un prix ? Nous n'avons pas d'argent sur nous. 

    Un sourire carnassier apparut de nouveau sur le visage de lord Baxter. 

    -Qui vous parle d'argent? Je veux simplement que chaque soir vous reveniez ici. Que chaque soir vous empruntez le passage et veniez me rejoindre. Je serais là pour vous accueillir. 

    -Et si nous ne venons pas?

    -Les conséquences seraient terribles. Pas pour moi, princesse. Mais pour vous et vos soeurs. 

    -Est-ce une menace?

    -Une mise en garde. Mais tant que vous êtes là, profitez de ce que je vous accorde."

    Alice partie danser. Elle n'aimait pas la présence de lord Baxter. Il lui semblait trop effrayant. Quelque chose dans cet homme ne lui inspirait pas confiance. Elle s'en méfierait. La princesse Alice rejoignit ses soeurs et se mit à danser en rythme avec la musique. Une vraie musique! Pas une mélodie qu'elle imaginait dans son esprit. Elle laissait ses pieds la guider. 

    Toutes les bonnes choses ont une fin. Et les princesses retournèrent au petit matin dans leur chambre. Leurs souliers étaient usés jusqu'à la corde. Il leur en fallait des nouveaux. Le roi fronça les sourcils en voyant l'état des chaussures de ses filles. Il leur en offrit à chacune une nouvelle paire. 

     Cependant, le roi s'aperçut vite que chaque matin, les souliers de ses filles étaient totalement usés. Il les soupçonna de danser en cachette la nuit dans leur chambre. Le roi n'avait cependant aucune preuve. Alors, il interrogea les princesses une à une. Mais aucune ne parla. Aucune ne  révéla l'existence du passage secret. 

    "Si vous ne faites rien, Alice, explique-moi comment vos chaussures se retrouvent tous les matins dans cet état lamentable? 

    -Je ne sais pas, répondit Alice. Vous savez, père, nous marchons beaucoup pour occuper nos journées."

    Le roi n'apprécia pas l'insolence de sa fille et la renvoya de son bureau sur le champ. Le soir même, il posta des gardes devant la chambre de ses filles. Ainsi, il serait certain qu'elles ne sortiraient pas de leur chambre. Cependant, comme chaque matin, le souliers étaient usés le lendemain. Le roi demanda alors à ses garde s'ils avaient entendus des bruits de pas durant la nuit. Les gardes répondirent de manière négative. 

     Un soir, Alice se sentit mal et les princesses n'allèrent pas danser. Quand elles se rendirent le lendemain soir dans le passage secret pour rejoindre lord Baxter, celui-ci les accueillit avec un grand sourire.

    "Vous n'êtes pas venues hier, princesses.

    -Je me sentais mal, se défendit Alice.

    -Peu importe la raison. Vous n'êtes pas venues. Et par votre absence vous m'avez libéré du sortilège qui m'emprisonner en ce lieu. Oh! Je ne peux pas partir de château. Mais je peux m'y déplacer maintenant tel un fantôme. 

    -Qui êtes-vous exactement?

    -Je suis lord Baxter. Autrefois, le conseiller du premier roi de ce royaume."

    Alice grimaça et frissonna. Il y avait une légende sur cet homme, le conseiller du premier roi. On disait que le conseiller était un homme qui avait été obsédé par le pouvoir et que ça l'avait conduit à sa perte. Il était jeune et intelligent mais bien trop machiavélique et le premier roi s'en était aperçu. Le conseiller avait voulu monter un complot contre ce roi pour prendre sa place sur le trône mais le roi avait été le plus rapide en faisant appel à un magicien qui avait, selon la légende, enfermé le conseiller dans les murs du château afin de l'emprisonner à jamais. La légende se terminait par le fait que, si un jour le conseiller s'échappait, seul l'épée du premier roi pourrait le tuer définitivement.

    "J'ai attendu si longtemps ce moment, princesses. Je savais qu'un jour, quelqu'un trouverait le passage secret et viendrait jusqu'à moi. Ironie, vous m'avez libéré alors que votre ancêtre m'avait emprisonné. 

    -Vous ne ferez de mal à personne! 

    -Vous croyez? Soit. Mais cela aura un prix. Venez  chaque soir ici. Ne loupez plus jamais un jour. Sinon, je n'aurais plus aucune pitié."

    Depuis ce soir-là, les princesses remarquèrent que de temps en temps des objets leur appartenant disparaissaient. Il ne leur fallut pas longtemps pour découvrir que l'auteur de ses vols était lord Baxter. C'était le prix qu'elles devaient payer pour n'être pas venues une fois. Si elles venaient à recommencer, lord Baxter avait été très clair, il les tuerait une à une. Alors elles obéissaient sous la menace. Elles venaient chaque soir.

    Malheureusement, le roi ne l'entendait pas de cette oreille. Il en avait bien assez du secret que caché ses filles et il avait retiré les gardes qui faisaient le guet devant leur porte. Il fit paraître une annonce dans tout le royaume. Il invitait des jeunes gens à venir passer à trois nuits  dans le château. Pendant celle-ci, l'homme n'aurait qu'une simple mission: découvrir comment les princesse usaient leur chaussures. Au terme de ce délai, deux possibilités se présentaient. Si le jeune homme apportait la vérité au roi sur ce  mystère, il lui offrirait la main d'une de ses filles. A l'inverse, s'il ne découvre pas la façon dont les souliers sont usés au bout de trois nuits, le roi le fera pendre. 

    Malgré le danger de la mort, l'annonce attira pas mal d'hommes prêts à tenter leur chance. Cependant, les princesses ne l'entendaient pas de cette oreille. Et lord Baxter non plus. Il offrit aux princesses une méthode pour être certain qu'aucun des candidats ne réussiraient. 

    Beaucoup échouèrent et le roi mettait toujours à l'oeuvre sa menace qui devenait une réalité. Chaque homme qui ne trouvait la clef de ce secret fut pendu. Le premier fut le plus compliqué. A chaque exécution, les princesses devaient être présentes. Au début, elles avaient de la compassion pour ces hommes qu'elles envoyaient à la mort. Mais au fur et à mesure des exécutions, elles étaient devenues plus insensibles. C'était maintenant une banalité pour elles qui se déroulait tous les trois jours. 

    C'était un cruel choix. Mais soit ces hommes mouraient les uns après le autres pour avoir échouer, soit les princesses prenaient le risque d'être découvertes et dont de se voir interdire de rejoindre le seul lieu où elles pouvaient danser. Le lieu où elles devaient se rendre chaque soir ou lord Baxter les menaçait de mort. C'était tout simplement soit la vie de ces hommes soit la leur. 

    Combien de temps ce jeu mortel du chat et la souris allait-il encore durer? 

    Les mois s'écoulèrent avec une extrême lenteur. Tant de morts... Tant de sang avait couler. Alice aurait voulu arrêter ce massacre mais les menaces de lord Baxter la réduisait au silence, elle tout comme ses soeurs. 

    Ben était un soldat comme tous les autres. Il avait fui un champ de bataille plus jeune alors qu'il n'était qu'un enfant. Il venait d'autre royaume qui était autrefois en guerre. Ben avait été envoyé au front alors qu'il n'avait même pas atteint l'âge de 15 ans. Il avait vu des scènes qu'aucun enfant ne devrait voir. Il avait connu la souffrance et la faim. On pouvait le traiter de lâche mais il était en vie. Ben avait traversé un bon nombre de royaume après sa désertion. Et il était arrivé dans le royaume de Mandragora. Le mystère qui entourait les princesses l'intéressait. Ben n'était pas un courageux. C'était peut-être un aventurier mais il savait à quel point la vie était trop précieuse pour la mettre stupidement en jeu. Il ne comprenait pas tous ces imbéciles qui risquaient leurs vies. 

    Un jour alors qu'il mangeait un maigre repas, car, Ben devait l'avouer, l'argent ne lui tombait dans les bras, une vieille femme s'approcha de lui.

    "Je peux vous aider, grand-mère?

    -Ton coeur est pur.

    Ben fronça les sourcils. Si cette femme le disait, peut-être que c'était vrai. Mais dans un monde pourri, à quoi bon avoir un coeur pur? Elle poursuivit en se tenant à une vieille canne.

    -Tu ne rêves pas de richesse ni de gloire, jeune homme. Que recherches-tu en voyageant comme tu le fais?

    Ben interrompit son repas. Cette femme l'avait plutôt bien cerné. 

    -Juste un endroit où je me sentirais utile pour un maximum de gens. Où je pourrais apporter le bonheur à quelqu'un. 

    Il avait connu beaucoup trop le malheur et la misère pour aspirer à autre chose. 

    -Ton coeur est pur, répéta-t-elle. Et ton souhait peut se réaliser. Personne dans ce royaume n'en était digne mais toi tu l'es. Accepte ceci.

    La femme sortir de sous son bras une grande cape bleue comme la nuit. Ben fronça les sourcils mais accepta le présent avec modestie, remerciant la vieille dame. Le tissu était à peine usé. Ben pensait s'en servir pour les nuits hivernales où le froid lui mordrait la peau. La femme continua de parler.

    -C'est une cape d'invisibilité.

    Ben se retint de rire. Cette vieille ne devait plus avoir toute sa tête pour sortir pareille ânerie.

    -Répète après moi, petit. Disparaître est parfois une solution, que la vérité éclate devant mes yeux. 

    -Disparaître est parfois une solution, que la vérité éclate devant mes yeux.

    Ben a surtout répété afin de ne pas vexer la vieille dame. C'était un acte de pur politesse. Cependant, il ne s'attendait pas à ce que la cape devienne effectivement invisible dans ses mains. Il écarquilla les yeux.  

    -Gamin, si un jour tu décides de percer le mystère des princesses, ne bois pas de vin. Sous aucun prétexte."

    Quelques jours plus tard, Ben se rendit au château de Mandragora. Un homme avait été exécuté le matin même pour ne pas avoir réussi à percer à jour le secret des princesses. Si Ben avait décidé de tenter sa chance c'est parce qu'il avait la cape que lui avait donné la vieille femme avec lui. Autrement, il ne serait jamais venu au château. Il était certain que cette cape l'aiderait. Il se souvenait de la recommandation que la femme lui avait faite et s'était promis de la respecter. 

    Ben fut accueilli par le roi en personne. Il s'inclina et celui-ci lui ordonna de se relever. Ben le dévisagea quelques secondes. Il s'attendait à un roi fort et brave. Une image imposant le respect mais il était en présence d'un homme usé par le temps qui semblait être lassé de la vie qu'il menait. Ben ressentit alors pour le roi une pointe de compassion. 

    -Vous avez trois jours. Sinon, vous connaîtrez le sort que tant de malheureux avant vous ont subi."

    Toute la compassion que Ben ressentait pour le roi disparu. Cet homme ne perdait pas le nord. Il n'aurait aucune pitié pour Ben si celui-ci échouait. 

    Alice devait apprendre le protocole de Mandragora par coeur sous le nez de son professeur. Elle n'avait pas le droit à l'erreur. Elle devait le maîtriser à la perfection. Et tout cela l'ennuyait profondément. La princesse jetait un coup d'oeil par la fenêtre dès que son professeur ne la regardait pas. Elle voulait sortir et s'évader loin de ces leçons. Ses pensées la dirigèrent alors vers lord Baxter qu'elle rejoindrait ce soir encore avec ces soeurs. L'horreur avait fait place à une banalité et lord Baxter leur offrait ce qu'elles rêvaient le plus au monde: la liberté. 

    Après sa leçon, Alice avait quartier libre. Elle vagabonda dans les couloirs presque déserts du château. Les gardes qui la rencontrait la saluait gravement comme toujours. Elle croisa alors un visage qui ne lui était pas familier. Ben. Alice devina aussitôt qu'il était là pour percer le mystère de leurs chaussures usés tous les matins. Arrivant près d'elle, Ben s'inclina respectueusement.

    "Princesse. C'est un honneur de vous croiser.

    Alice le toisa du regard.

    -Vous ne penserez plus cela dans trois jours lorsque vous serez sur le point de mourir."

    Il allait échouer. Comme tous les autres avant lui. Alice le savait, c'était une certitude. Étrangement, Ben sourit, ce qui déstabilisa la princesse. 

    Le premier soir venu, après le repas, à l'heure du coucher, Alice et ses soeurs se rendirent jusqu'à la chambre de Ben. Elles frappèrent à la porte. Le jeune vint ouvrir, assez surpris en les voyant.

    "Nous voulions simplement vous souhaiter bonne chance, dit Alice.

    Elle lui tendit un verre de vin.

    -Les hommes aiment le vin, en cadeau, nous vous apportons cette coupe."

    Ben prit le verre et regarda le liquide en songeant aux conseils que lui avait donné la vieille femme. Il remercia poliment les princesses et comme c'était le premier soir et qu'il lui restait du temps pour découvrir leur secret, Ben but le verre. 

    Alice sourit et partit avec ses petites soeurs. Ben eut, lui, envie de dormir et il comprit. Dans le vin, les princesses avaient mis un somnifère. Il alla donc se coucher en sachant qu'il ne devrait plus en boire lorsque le lendemain elles lui apporteraient une nouvelle coupe de vin. 

    Le lendemain soir, Alice offrit une fois encore un verre de vin à Ben. Celui-ci l'accepta mais referma la porte de sa chambre sans avoir bu le vin. Il vida le contenu de la coupe en maudissant les princesses. Elles avaient voulu le piéger.  Il prit la cape d'invisibilité qui était posée sur son lit et il s'enroula dedans avant de réciter la petite formule de la vieille femme. Ben était à présent invisible. Il sortit de sa chambre et se dirigea vers celle des princesses qu'il avait repéré plus tôt dans la journée.  Par chance, la porte était entrouverte et il se faufila à l'intérieur manquant de percuter Alice qui allait justement fermer la porte. Ben s'installa dans un coin de la chambre afin qu'aucune des princesses ne le percute par mégarde. Il ne devait pas se faire repérer. 

    Alice ouvrit le passage secret dans le mur et s'y engouffra suivie de ses soeurs. Surpris mais déterminé, Ben entra dans le passage à la suite de la plus jeune des princesses. Alors qu'il descendait, il marcha malencontreusement sur la robe de la petite princesse. 

    "Quelqu'un a marché sur ma robe! se plaignit-elle.

    Alice se retourna. 

    -Il n'y a personne derrière toi. 

    -Mais..."

    Alice la regarda sévèrement. La petite ne tenta pas de s'expliquer à nouveau. La douceur de l'aînée des princesses avait fini par disparaître. Alice n'était pas heureuse et cela se voyait dans son comportement quotidien. Elle ne souriait plus comme elle en avait l'habitude avant. 

     Comme chaque soir, les princesses vinrent voir lord Baxter. Celui-ci les accueillit chaleureusement, ce qui dégoûta l'aînée. Alice ne faisait aucunement confiance en cet homme. Elle le méprisait car il les faisait chanter. Lord Baxter avait remarqué qu'il n'était pas dans les bonnes grâces de la princesse et cela l'amusait assez. Personne ne se douta de la présence de Ben. Il restait bien dissimulé sous sa cape. Il analysait tout ce qu'il voyait. 

    Lord Baxter était proche d'Alice et il lui prit le menton.

    "Vous étiez plus belle quand vous souriez princesse.

    D'un revers de la main, Alice écarta celle de son interlocuteur.

    -Je n'ai pas envie de vous sourire. Vous savez ce que je pense de vous.

    -En effet. Mais tant que vous venez me tenir compagnie, je suis satisfait. "

    Alice ignora les paroles de lord Baxter. Il ne s'imaginait pas à quel point elle le détestait. Ben n'avait rien perdu de l'échange. Il avait compris que cet homme était un problème. Les princesses n'avaient pas l'air de venir ici par envie. 

    C'était le dernier soir pour Ben au château. Demain, si son plan ne marchait pas, il pourrait finir exécuté. Encore faudrait-il qu'on le trouve. Si Ben n'apportait pas la réponse du mystère au roi, il pourrait toujours s'enfuir grâce à la cape. C'était une solution. Il  pourrait partir de Mandragora et se refaire une vie ailleurs. Il n'avait rien qui l'attachait à ce royaume alors il pouvait très bien partir sans le regretter si les choses ne se passaient pas comme il l'avait prévu. 

    Comme les deux jours précédents, Alice et ses soeurs apportèrent à Ben un verre de vin. Il fit la même chose que le soir précédent. Il vida le vin et son somnifère dans un pot de fleur. Il se drapa dans la cape d'invisibilité et prit une épée qu'il avait réussi à dérober dans l'armurerie quelques heures plus tôt.

    Il s'infiltra de nouveau dans la chambre des princesses. Une fois encore, elle ne le remarquèrent pas. Alice ouvrit le passage dans le mur et s'y engouffra. Ses soeurs la suivirent et Ben ferma la marche, blottit dans sa cape. 

    Comme à son habitude, lord Baxter les attendait. Il les salua poliment en s'inclinant et fit même un baise-main à Alice qui sembla plus dégoûtée qu'heureuse. Les princesses allèrent danser sur la musique. Puisqu'elles étaient ici, autant qu'elles en profitent. La seule qui ne profitait pas de l'endroit était Alice. Elle se tenait à l'écart de tout même de lord Baxter. Celui-ci ne lui accordait pas la moindre importance, dansant avec l'une des princesses. 

    Ben vint près d'Alice et lui parla en chuchotant:

    "Princesse, n'ayez crainte. Je sais que vous n'êtes pas heureuse ici. Je vous sortirais d'ici.

    Alice sursauta. Elle reconnut la voix du jeune homme mais ne pas le voir la perturba. 

    -comment?.. 

    -On m'a fait un cadeau. N'ayez crainte. Faite moi simplement confiance votre altesse."

    Alice avait-elle vraiment le choix? 

    Ben s'éloigna de la princesse pour se diriger vers lord Baxter. Il tenait son épée à la main. Devait-il aller jusqu'à le tuer ou pouvait-il simplement se contenter de le blesser? La seconde option était celle que préférait Ben. 

    Ben souleva tout à coup sa cape et attaqua avec son épée le maître des lieux. Avec une grâce inouïe, lord Baxter esquiva le coup mais n'empêcha pas  Ben de le blesser à l'épaule. 

    "Un invité surprise? Vous me décevez princesse.

    Lord Baxter avait perdu en un instant son calme apparent et sa fausse douceur.  Une épée se matérialisa dans les mains de lord Baxter.  L'effet de surprise était passé et Ben n'aurait plus la possibilité de blesser aussi facilement. 

    -Je me suis invité seul. Les princesses n'ont rien à voir avec cela.

    -Peu importe. Êtes-vous prêt à périr jeune homme?

    Cet confiance excessive en lui agaça profondément Ben.

    -Pas vraiment."

    Lord Baxter voyait un effronté en Ben. Il voulait s'en débarrasser et il ne doutait pas qu'il réussirait. 

    Ben provoqua le lord dans un duel. Alice entraîna ses soeurs à l'écart. Toutes étaient effrayées par la tournure des événements. 

    Epées à la main, les deux hommes se faisaient face. Ben ne quittait pas lord Baxter des yeux. Il savait que son adversaire était un être redoutable. Un instant d'inattention pouvait être fatal. 

    Les épées s'entrechoquèrent. Lord Baxter avait cru pouvoir vaincre ce jeune insolent facilement. Il devait avouer s'être trompé. Ben savait manier l'arme qu'il avait entre les mains avec une aisance déconcertante. 

    Les deux hommes se battaient et se blessaient mais aucun ne semblait prendre le dessus sur l'autre. Les princesses encourageaient Ben. Alice était silencieuse. Elle observait le combat, un masque impassible sur le visage. 

    Soudain, lord Baxter fit voler l'épée de Ben de ses mains. Le jeune homme se retrouva désarmé. De justesse, Ben évita une attaque de lord Baxter en roulant sur le sol. Il se redressa tandis que lors Baxter s'apprêtait à lancer une nouvelle attaque. La lame de l'épée effleura  l'épaule de Ben, entaillant légèrement sa peau. Ben grimaça. Il ne pourrait pas éternellement esquivait l'épée de lors Baxter. Ben esquivait du mieux qu'il pouvait les attaques. Il s'épuisa plus vite qu'il ne le crut et, soudain, il trébucha. 

    "Votre vie touche à sa fin, jeune homme." 

    Lord Baxter souleva son épée derrière sa tête pour porter le coup final à un Ben impuissant à ses pieds. 

    Cependant, l'épée ne s’abattra jamais sur la tête de Ben.  Lord Baxter avait toujours son épée au-dessus de sa tête. Il était figé, une expression de douleur peinte sur le visage.  Lord Baxter baissa les yeux vers son ventre. Une épée le transperçait. Le sang se répandait sur ses beaux habits d'apparats. Il s'écroula en lâchant son arme mortelle. Lord Baxter était mort. 

    Lorsque lord Baxter était tombé, Ben avait découvert derrière lui Alice. Les mains de la princesse étaient couvertes de sang. Elle tremblait, pétrifiée. Ses yeux regardaient devant elle mais ils étaient perdus dans le vide. 

     "Alice?", appela une de ses soeurs qui s'inquiétait pour elle.

    Alice ne répondit pas. Elle était en état de choc. Elle n'avait pas réfléchi. La princesse avait vu l'épée, elle avait vu Ben en difficulté. Son instinct l'avait poussé à prendre l'arme. Lord Baxter n'avait prêté aucune attention à elle. Alice l'avait lâchement tuer. Elle avait pris une vie. 

    Ben se releva, remis de ses émotions. Il jeta un regard méprisant au corps de lord Baxter. Il s'approcha de la princesse Alice qui était toujours en état de choc. Ben s'inclina devant elle.

    "Vous n'avez plus rien à craindre, princesse."

    Alice ne lui ordonna pas de se relever. Elle était ailleurs. Elle n'avait pas entendu les mots prononcés par le jeune homme. Sa mémoire cherchait à effacer ce qu'elle venait de faire. 

    Le lendemain matin, Ben se présenta devant le roi. 

    "Avez-vous découvert le mystère qui entoure mes filles? 

    Toutes les princesses étaient présentes dans la salle. Alice avait un air fatigué. Elle n'avait pas dormi de la nuit. Quand le sommeil l'enveloppait, ce qu'elle avait fait subir à lord Baxter la rattrapait, l'empêchant de rêver.

    Ben était agenouillé devant le roi.

    -Oui, votre Altesse. 

    La réponse du jeune surprit grandement le roi. 

    -Et bien, parlez."

    Ben se lança alors dans les explications en étant le plus précis possible. Il mentionna la cape d’invisibilité qu'il présenta comme preuve. Il parla longtemps. Il narra le chantage qu'exerçait lord Baxter sur les princesses. Le roi ne disait rien, il écoutait en hochant parfois la tête.

    "Je n'ai qu'une parole. Vous serez le futur roi en épousant l'une de mes filles. Demandez la main de celle que vous voulez. 

    Ben releva légèrement la tête. 

    -Je ne sais pas si je serais à la hauteur, votre Altesse.

    -Vous le serez. Relevez-vous."

    Ben exécuta l'ordre. Le roi lui demanda alors laquelle de ses filles Ben souhait-il épouser. Le regard du jeune homme se dirigea de suite vers Alice. Elle était la plus âgée mais ils avaient approximativement le même âge. Elle était belle et elle lui avait sauvé la vie. 

    "Princesse Alice, me feriez-vous l'honneur de devenir ma reine?

    Alice fut étonnée. Elle ne s'attendait pas à ce que Ben la choisisse. Cette question n'était qu'une mascarade. Elle n'avait pas le droit de refuser. 

    -Oui", répondit-elle sèchement.

    Quelques mois plus tard, le mariage eut lieu. Alice avait pris soin d'éviter son futur époux le plus possible depuis les fiançailles. Ben respectait ce choix. Il avait passé plus de temps avec les autres princesses qu'avec sa futur femme. Les princesses s'étaient toutes attachées à Ben et le roi lui-même reconnaissait de nombreuses qualités digne d'un roi en lui.

    Lors des festivités, Ben fut subjugué devant la beauté dans sa robe de mariée. Le mariage était aussi le jour du couronnement. Le roi abdiquait pour laisser place sur le trône à sa fille et son mari. Alice ne dit aucun mot de la journée, un masque impassible sur le visage.

    Les jeunes mariés furent applaudis par le peuple invité pour l'occasion. Cependant il n'y eut pas de musique, de chant ni de danse. Sans en avoir averti le roi ni personne d'autre d'ailleurs, Ben entama un discours. Alice l'écoutait, debout à ses côtés, en silence. Il fit alors une annonce qui surprit tout le monde.

    "Enfin, en tant que roi, je vais abolir une interdiction qui n'a que trop durer. A présent, chacun est libre de jouer de la musique, d'en écoutant, de chanter et bien entendu de danser."

    Les soeurs d'Alice sautèrent de joie tandis que cette dernière regardait l'homme qui était maintenant son époux avec une surprise non dissimulée. Le roi quand à lui était en colère mais il avait passé la main et peu importe ce qu'il souhaitait, Ben avait désormais le dernier mot. 

    Le temps s'écoula lentement. Les princesses dansaient de nouveau et la plus heureuse d'être elles était Alice. Jeune mariée, elle se rendait compte que Ben était un homme tout à fait agréable et elle ne l'avouerait sans doute pas encore  mais le jeune homme lui plaisait. 

    Ben invitait souvent sa femme à danser sachant qu'elle aimait particulièrement cela. C'était un mauvais danseur mais avec le temps, il s'améliorait. Alice lui apprenait des danses de salon. Il avait découvert en Alice une personne très patiente. 

    Ben gouverna le royaume de Mandragora de son mieux avec l'aide d'Alice. 

     


  • Commentaires

    1
    Lundi 31 Août 2015 à 11:56

    C'était agréable à lire ^^. Je ne connaissais pas les oeuvres dont tu t'es inspirée mais j'irai pallier à mon manque de culture !

    Cela dit, ça ressemble pas mal aux vieilles fables et au vieux compte que j'ai lu durant mon enfance ^^.

    Voici les erreurs que j'ai repérées :

    quand elles voyaient leur aînée dansait > "leur aînée danser"

    "causer par cette disparition" > "causée"

    "Alice et ses soeurs ont continué de grandir" > Elle est un peu bizarre cette phrase, c'est logique qu'on continue de grandir et de vieillir ^^'.

    'en âge se marier" > tu as oublier "de"

    "encore moi à cette heure-là" > "moins à cette heure-là"

    "quelqu'un avait vu ses soeurs dansaient" > "danser"

    "De sa vois puissante" > "voix"

    " ne se rendait donc plu seule" > "plus"

    "tant de sang avait couler" > "coulé"

    "La femme sortir de sous son bras" > "sortit"

    "d'en écoutant" > "d'en écouter" (quand il donne ses premières directive en tant que roi)

    "le roi quand à lui" > "quant à lui"

    "d'êtres elles était Alice" > "d'entre elles"

    2
    Lundi 31 Août 2015 à 12:10

    Vu la longueur du texte, je trouve que le nombre de fautes faites est raisonnable XD

    Tu ne connaissais pas le contes de frères Grimm ? Moi je l'ai découvert après avoir vu Barbie au bal des 12 princesses XD 

    Il existe une adaptation cinématographique d'ailleurs de ce conte d'après le conte des frère Grimm. Piégée est un roman qui est une réécriture du conte ^^ 

    3
    Lundi 31 Août 2015 à 13:48

    Oui, ce n'est pas moi qui vais te critiquer sur ça... J'en fais pas mal aussi x).

    J'en connais certains, notamment celui de Cendrillon. Mais pas celui-là. 

    D'accord, j'irai voir :). Y aussi un film sur les frères Grimm, mais c'est très fantaisie x).

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