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    -Image: We Heart It-

    Point de vue de Léo:

    Je l'ai réveillée. Elle n'a pas tout de suite compris ce qui se passait. D'abord, j'ai vu dans son regard de l’incompréhension. Puis, s'est manifesté, dans son regard encore endormi, la colère mêlée à une tristesse profonde. 

    Je ne me suis pas attardé. Je suis parti de sa chambre aussitôt. En fait, je suis parti de chez elle. Je n'aurais pas eu le courage de la voir plus longtemps. Je n'aurais pas eu le courage d'affronter ses yeux se remplissant de larmes. Je me suis sauvé comme un voleur, comme un lâche. Pourtant, c'est moi qui lui ai menti et qui ait recherché cette situation. Je ne devrais pas me plaindre ni regretter, car c'est ce que je voulais après tout, non? 

    La première règle des virginity games? Celle ne de pas aimer. Les sentiments amoureux sont bannis. Ils n'y ont pas leur place. 

    Point de vue d'Anna:

    Quel con! Léo n'est qu'un sale connard! Rien de plus, rien de moins. Et je suis bien stupide de m'être faite avoir par sa gentillesse apparente! Oh! Il doit bien rire de moi à cette heure-ci.... Quel monstre! 

    J'ai très peu dormi le reste de la nuit. J'ai passé bien plus de temps à pleurer qu'à rêver. Une fois levée, je me regarde dans le miroir de la salle de bain. J'ai une mine effroyable. Je fais peine à voir. Je discerne la trace des nombreuses larmes versées sur mes joues. Mes yeux sont rougis et bouffis à cause des pleurs incessants. Je ressemble plus à un zombi qu'autre chose. Je n'ai pas arrêté de jurer contre Léo.

    Je n'ai aucune envie de sortir de chez moi aujourd'hui. Je traîne des pieds, ce matin. Je n'ai pas faim. Je regarde le paquet de céréales qui trône sur la table de la cuisine ne me donne aucune envie de manger son contenu. Je reçois un message de Mathilda. Elle veut qu'on passe l'après-midi ensemble, elle, Jenny et moi. 

    Je cherche alors une façon polie de refuser. Je les adore. Mais je n'ai pas la tête à aller m'amuser et rire avec mes amies. Ne trouvant pas d'excuse convenable ni de message assez intelligent pour ne pas l'inquiéter... je préfère ne pas lui répondre tout de suite. Je pose mon portable. Je vais prendre, ensuite, une douche. Peut-être que cela me calmera... j'en doute. 

    Lorsque je retourne dans ma chambre, je distingue sur ma table de chevet, un livre. Il est plutôt récent avec une couverture resplendissante et ensorcelante représentant un ciel nocturne étoilé. C'est le livre dans lequel Léo a trouvé toutes les informations sur l'espace. Après m'avoir ramené  de la plage, il m'avait donné le livre, en souriant, me disant que je serais sûrement plus intéressée que lui par ce-dernier. 

    De rage, j'attrape l'ouvrage manuscrit et je le jette à travers ma chambre. Le livre s'écrase contre mon armoire avant de retomber sur le sol, cornant ses délicates pages. Je regrette immédiatement cet excès de violence. J'adore lire et j'adore les livres. Ce sont des objets dont je prends tout particulièrement soin habituellement. Je ramasse le livre avant de le reposer, avec douceur, cette fois. Puis, je me laisse tomber sur mon lit.

    Point de vue de Mathilda:

    Je voulais passer l'après-midi avec Jenny et Anna. La première m'a répondu qu'elle serait ravie et la seconde.. et bien, n'a rien répondu du tout. D'habitude, elle répond tout de même assez rapidement. Je dois devenir un peu parano des fois. Mais enfin! Cela ne lui ressemble pas! Généralement, même si elle n'en est pas accroc, Anna n'est jamais très loin de son portable. Je décide, cependant, d'attendre un peu encore. 

    Décidément, plus tard, je commence à croire qu'elle a dû voir mon message mais qu'elle a dû oublié de me répondre. Oui! Voilà, elle a oublié, tout simplement , de me répondre. Enfin, plus le temps passe et plus je me demande si je recevrai un message de sa part, un jour. 

    Je suis une fille assez peu patiente. C'est pour cela que j'envois un second message à Anna. Celui-ci aussi reste sans aucune réponse. Je me demande alors si Anna me fait la tête. Je peux peut-être tester quelque chose afin de vérifier qu'elle ne répond pas uniquement à moi. Du coup, j'envoie un message à Ethan afin de lui demander d'en envoyer un, lui-même, à Anna. Dans un premier temps, au lieu d'obéir à ma demande, il me demande pourquoi je veux qu'il fasse cela. Il me fatigue. Pourquoi donc poser des questions ? Il n'a pas besoin de savoir la réponse. Toutefois, sentant qu'il refuserait si je refusais, moi-même, de lui dire la raison de ce service, je me décide  à la lui donner. 

    Quelques minutes plus tard, il me signale qu'il a envoyé un message à Anna et il me précise que s'il reçoit une réponse, il me préviendra. Le temps passe et je perd patience, n'ayant aucune nouvelles d'Ethan. Je lui renvoie un message. Il me répond que lui non plus n'a reçu aucune réponse venant d'Anna. Je décide donc d'essayer de l'appeler. Je n'ai aucune tendance à harceler les gens, mais là, j'ai un mauvais pressentiment. 

    Je tente de l'appeler trois fois, en laissant, entre chaque appel, environ 10 minutes. Les deux premières fois, évidemment, sinon il n'y aurait pas de troisième appel, elle ne décroche pas. Ce n'est qu'au troisième de mes appels qu'Anna daigne, enfin, me répondre! Cela doit quand même faire quelques heures que j'espère la joindre. Elle ne parle pas, attendant sûrement, que je prononce quelques mots:

    "Salut, Anna, je t'appelle car je m’inquiétais un peu de ne pas recevoir de réponse. 

    -Mathi.... , je l'entends sangloter. 

    -Tu pleures? je m'étonne. 

    Anna ne répond par aucune mot. J'entends simplement encore de petits sanglots étouffés qu'elle tente de dissimuler.

    -Non, tu te trompes, finit-elle par me répondre.

    -Tu me prends pour une idiote? Tu étais en train de pleurer et, je suis certaine, que tu te retiens, en ce moment-même, de fondre en larmes.

    Je soupire. Elle n'est pas bien et moi, tout ce que je trouve à faire, c'est de la réprimander. Enfin, pas vraiment... mais un peu quand même... Ce n'est peut-être pas la meilleure solution de l'aider. J'attends encore un peu avant de parler afin de voir si elle compte dire quelques mots. Mais seul le silence règne à l'autre bout du fil. 

    -Que se passe-t-il ? je finis par demander. 

    -Je suis une véritable idiote, Mathi...", gémit-elle en fondant en larmes. 

    Point de vue d'Anna: 

    Après que j'ai prononcé ces quelques mots avant de me mettre à nouveau, malgré moi, à pleurer, Mathilda à raccrocher. J'espérais qu'en décrochant j'arriverais à la rassurer mais, au lieu de cela, je l'inquiète encore plus. 

    Un moment plus tard, alors que j'ai, enfin, réussi à nouveau à me calmer, quelqu'un sonne à la porte. J'imagine, sans aucun doute, qu'il s'agit de Mathilda... L'idée de ne pas lui ouvrir me trotte bien dans la tête et me paraît terriblement tentante... Cependant, il me semble que cela un très mauvais choix. Je risquerais de l'inquiéter encore plus. Surtout qu'il est évident que je suis bien chez moi.

    Mollement, je me lève pour, ensuite, me rendre devant la porte d'entrée et ouvrir... Ce n'est pas Mathilda. Enfin si, elle est là! Mais elle n'est pas seule. Ethan se trouve à ses côtés. Tous les deux me regardent, se regardent et dirigent, de nouveau, leurs yeux, vers moi. Je dois avoir une tête qui fait horriblement peur d'après les expressions affichées sur leurs visages. 

    Je me suis promise de ne plus pleurer. Et bien, une fois de plus, j'ai craqué et je fonds en larmes avant de me jeter dans leurs bras. 

    Plus tard, nous sommes tous les trois assis dans le salon. Mathilda et moi sommes à côté sur un canapé et Ethan se trouve en face de nous, dans un fauteuil. Ils ont réussi, avec grand peine, à me calmer. Encore secouée de quelques sanglots, Mathilda me frotte le dos. Je suppose que c'est une façon de me montrer qu'elle est présente pour moi et qu'elle s'inquiète. C'est un geste affectif qui, pourtant, me donne envie de pleurer toutes les larmes de mon corps. Quand on a un chagrin, on m'a toujours dit que pleurer un bon coup permettait de se sentir mieux, par la suite. J'ai pleuré. C'est d'ailleurs l'une des fois où j'ai le plus pleuré, probablement, dans ma vie, et pourtant, je suis très loin de me sentir apaisée ou mieux. 

    Ethan et Mathilda ne savent toujours pas la raison pour laquelle je suis dans cet état. Et, bien que je n'ai aucune envie de la leur dire, je sais que je vais y être contrainte. 

    "Tu te sens mieux? me demande assez doucement mon amis blonde.

    J'ai envie de lui répondre que non. 

    -Je suppose... oui...,dis-je d'une voix presque inaudible. 

    -Que s'est-il passé? m'interroge tout à coup Ethan.

    Le ton de sa voix est un peu rude, tranchant. 

    -Ethan..., je commence.

    Mais ce dernier me coupe la parole:

    -Non, ne te défile pas. Que s'est-il passé? insiste-t-il.

    Je baisse le regard vers le sol, n'ayant aucune envie de leur expliquer. 

    -Ethan! Laisse la un peu! Tu ne vois pas qu'elle n'est pas bien! me défend Mathilda.

    Ethan la regarde et émet une sorte de grognement agacé. 

    -Justement! On ne peut rien faire pour l'aider à aller mieux si elle se taire dans le silence! gronde-t-il.

    -Ce n'est pas en lui hurlant dessus qu'elle va te répondre", lui répond immédiatement Mathilda. 

    Ethan se renfrogne en croisant les bras et en se reculant le plus loin possible dans le fauteuil. Je les regarde se disputer à mon sujet sans dire le moindre mot. Je remercie, cependant, intérieurement, Mathilda. Elle ne fait que repousser l'échéance mais elle la repousse quand même. 

    Je ne sais pas combien de temps encore nous restons dans le salon. Un moment qui me semble interminable. Un silence pesant règne entre nous trois. Silence que je décide, finalement, de briser:

    "Je suis désolée."

    Ce sont les seuls mots que j'arrive à articuler. Mais je tends mon bras... à mon poignet, on distingue parfaitement que le bracelet n'est plus là. Il ne leur faut qu'une fraction de seconde pour comprendre. Ethan serre les dents, une expression de colère intense s'affiche sur son visage. Mathilda, elle, pâlit un peu mais garde une certaine contenance. 

    "Anna..., commence Mathilda.

    Mais elle se fait couper la parole par Ethan:

    -Qui?! hurle-t-il. 

    -Ethan... je...

    J'aimerais lui dire que s'énerver ne sert  à rien, que je n'ai pas besoin qu'il s'énerve de la sorte.

    -Non! Répond! Qui?! 

    Heureusement, je n'ai pas à le lui annoncer. Mathilda s'en charge à ma place:

    -A ton avis, imbécile? lui dit froidement Mathilda.

    -Léo..., souffle-t-il avec colère. Je vais lui faire la peau! 

    -Ah oui? Et pour quel motif? le coupe Mathilda toujours avec son ton froid.

    -C'est évident, non? grince des dents Ethan.

    -Ethan, dois-je te rappeler, mon cher idiot, que c'est votre jeu à la con qui a permis d'en arriver là? Alors, oui, certes, Léo est vraiment un gars qui vient de fortement baisser dans mon estime -j'en avais déjà assez peu pour lui- mais c'est en parti à cause de votre jeu. Et puis, cela va te paraître sûrement un peu sans coeur, Anna, pardonne-moi, mais il n'a, en théorie, rien fait de contraire à votre règlement. Alors, je te le répète, Ethan, pour quel motif ?

    Ethan la regarde, abasourdi. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle lui sorte un tel discours. Et il n'est pas le seul. Moi non plus, je n'en reviens pas. Ethan me regarde quelques secondes:

    -Il a fait pleuré Anna. Il lui a fait du mal. Voilà mon motif.

    -Et tu crois que tu vaux mieux que lui? Que tu n'as fait de mal à personne? 

    Ethan semble alors un peu désorienté, ne comprenant pas où veut en venir Mathilda.

    -Laisse tomber", conclut cette dernière. 

    ***

    Mathilda a fait partir Ethan de chez moi. Elle lui a dit que je n'avais pas besoin d'une personne aussi colérique que lui pour le moment et qu'il ferait mieux de rentrer chez lui. Et que, de toute manière, nous le reverrions ce soir.... Ce soir... Cela m'était totalement sortie de la tête: la fête et la déclaration du vainqueur des virginity games. Rien que d'y penser, j'en ai la nausée de dégoût. 

    J'imagine parfaitement Léo afficher un sourire triomphant quand on annoncera qu'il a gagné ces stupides jeux. Il aura ce qu'il souhaitait au final. Pourtant, je ne vois pas où est la gloire là-dedans. 

    Si Ethan n'est plus chez moi, Mathilda est restée. Elle tente de me faire parler. Elle veut que je lui explique comment j'ai pu me laisser berner de la sorte par Léo. D'une voix tremblante, j'essaye de trouver les mots les plus simples et clairs possible. Je n'ai pas envie de lui faire une trop longue explication très détaillée:

    -Léo... je ne le déteste pas. Enfin, je ne le détestais pas. Je pensais qu'il n'était pas... aussi cruel ni autant... arrogant. Mathi.. je l'ai vu capable d'être triste. Je l'ai vu capable d'être gentil. 

    -Anna... aurais-tu de la fièvre? 

    Je secoue la tête.

    -Je ne t'ai rien dit à toi.. ni à Jenny car j'avais peur de vos réactions. Ne me dis pas que c'est idiot de ma part, je le sais parfaitement. 

    -Et à quoi pensais-tu? me demande-t-elle sur un ton reflétant une certaine bienveillance.

    Mathilda ne me juge pas. Elle essaye de comprendre ce que j'ai pu ressentir et pourquoi j'en suis arrivée là avec Léo. Dans un premier temps, je hausse les épaules avant de trouver une réponse adéquat: 

    -Je pensais que ce n'était pas quelqu'un d'aussi mauvais. Je pensais qu'il pouvait être une personne tout à fait gentille derrière cette apparence qu'on connaît tous de lui au lycée...

    Mathilda me regarde alors avec un soupçon de compassion. 

    -Oh, Anna! Que tu peux être naïve... tu n'es pas dans un livre mais dans la réalité. Dans les histoires, certes, le garçons change pour la fille qu'il aime. Le bad boy change. Mais tu n'es pas dans un livre à l'eau de rose, Anna. Les histoires ne finissent pas forcément bien et les gens ne changent pas comme dans les histoires. 

    -Il m'avait dit que le jeu était fini...

    -Et tu n'as pas trouvé cela étrange qu'il n'y ait que lui qui te dise cela? 

    -Personne ne m'a dit le contraire.

    -Tu n'as pas demandé si le jeu était fini à quelqu'un d'autre, en même temps...

    -Je croyais Léo."

    Mathilda secoue la tête, un peu désespérée par ma naïveté, je suppose. 

    "Ecoute-moi bien, Anna, ce qui est fait, est fait. Léo t'a manipulée pour arriver à ses fins. Si tu pleures et que tu restes enfermée dans ta tristesse, tu donnes encore plus d'importance à cet espèce de cloporte. Alors tu vas te ressaisir! Et tout de suite. Ce soir, tu te souviens de ce soir? Et bien, je veux que tu arrives la tête haute et que tu ignores totalement cet abruti. Tu n'as pas besoin de lui montrer encore plus que tu lui adresses de l'importance."

    Je pense que Mathilda devrait fortement envisager de devenir coach personnel émotionnel ou quelque chose dans ce même genre. Elle ne me laisse aucun répit. En un instant, elle me sort un emploi du temps pour la journée ne me permettant pas de souffler ne serait-ce que quelques secondes.

     Et puis, elle fait venir Jenny. Sans trop entrer dans les détails, elle lui explique, en résumé, la situation. Je ne doute pas que cela doit éveiller chez Jenny de mauvais souvenirs. Je suppose que Mathilda lui en dit le moins possible pour ne pas les ranimer. 

    Ne pas rester seule est sûrement la meilleure chose qui me soit arrivée aujourd'hui. Nous mangeons, toutes les trois, chez moi. Mathilda et Jenny s'efforce de me faire sourire. Et devant leur acharnement, je me sentirais coupable de ne pas faire l'effort de tenter de sourire. J'apprécie réellement de les avoir à mes côtés. 

    L'après-midi, nous sortons. Sortir prendre l'air quand on va mal semble être une bonne chose à faire selon coach Mathilda. De toute façon, ce n'est pas comme si on me laissait le choix. Malgré mes réticences à bouger, Mathilda et Jenny m'y force. 

    Dans les films ou les séries, les filles qui pleurent à cause d'un garçon, je trouvais cela tellement exagéré. Je me disais qu'un chagrin d'amour ne pouvait pas faire aussi mal et que, ce qu'on nous montrait à la télé, c'était un comportement poussé à l'extrême. En réalité, je me trouve encore plus niaise et bête que ces fille de films ou séries. 

    En fin d'après-midi, Jenny propose que nous mangeons toutes les trois, ce soir, avant de nous rendre, plus tard, dans la soirée, à leur maudite fête. Je m'empresse d'accepter car je crains de me remettre à broyer du noir si jamais elles me laissent toute seule. 

    Nous voilà donc le soir, attablées, devant un repas gastronomique: des pâtes avec du beurre. C'est simple, rapide et pratique. Jenny a également mis le son de la radio à fond. 

    "Voilà qui annonce déjà l'ambiance de ce soir", déclare en souriant Mathilda.

    En même temps qu'elle parle, elle danse sur la musique qui est en train de passer en levant les bras en l'air et bougeant dans tous les sens. 

    Puis, nous allons nous préparer pour la soirée. Jenny insiste pour nous maquiller, Mathilda et moi. Il est vrai que de nous trois, j'avais déjà pu remarquer que c'est elle qui aime le plus le maquillage. Du coup, Jenny est ravie que nous acceptions. 

    Un bon moment plus tard, nous sommes toutes les trois prêtes. Alors que nous nous regardons dans un grand miroir, dans mon salon, Mathilda, entre Jenny et moi, passe ses bras autour de nos épaules. Elle affiche sur son visage un sourire pétillant rempli de joie de vivre. 

     "Les filles, ce soir, n'oubliez pas, on s'amuse comme jamais!"

    Puis, l'heure d'y aller arrive. Il est temps de retourner au lycée pour la dernière fois de notre scolarité. Durant tout le trajet, nous écoutons de la musique qui bouge pour nous mettre dans l'ambiance. Nous chantons à tue tête aussi fort que nos voix nous le permettent. 

    Nous savons que nous approchons du lycée quand nous entendons la musique, déjà très forte, en provenance du gymnase. Nous sommes loin d'être les premières  à arriver. Je suis un peu impressionnée par le monde déjà présent. 

    Malgré le monde déjà présent, le gymnase est loin d'être complètement rempli. Je dirais même qu'il est assez aisé de se déplacer. Vu le son de la musique, il me semble que parler et se faire entendre va devenir un exploit. Nous ne nous quittons pas avec Jenny et Mathilda. Nous avons décider que nous voulons passer la plupart de la soirée toutes les trois.

    Dans le coin de mon champ de vision, j'aperçois Carolina en train de rire avec Byron. A son poignet scintille toujours son bracelet. Même s'il n'a rien dit, il est évident que Byron n'en a plus rien à faire des virginity games depuis un moment.  Gagner ou perdre le jeu lui importe peu tant, qu'au final, il réussit à gagner le coeur de Carolina. En fait, il a perdu au moment où il s'est mis à l'aimer. La première règle de ce stupide jeu: le sentiment amoureux entre un joueur et un pion ne doit pas exister. Byron s'est laissé prendre à son propre piège. Mais, je pense que ce n'est pas une si mauvaise chose pour lui. 

    Mon regard se pose, ensuite, sur quelqu'un à l'autre bout de la salle. Malgré la lumière assez faible du gymnase, je le reconnais aussitôt à sa silhouette.  Léo est dos à moi. La pensée qu'il ne peut pas me voir me rassure. Je n'ai pas envie de croiser son regard. Je change la direction de mon regard afin de ne plus le voir, lui.  Je me décale même afin que, si jamais il se retourne, il ne puisse pas me voir. 

    Je tente d'oublier sa présence. Il ne doit pas me gâcher cette soirée. Jenny et Mathilda sont à mes côtés. Le problème est le suivant: en essayant de l'oublier, je pense encore plus à lui. J'aimerais ranger le souvenir de Léo dans un coin de ma tête, dans une sorte de tiroir et le refermer. 

    Plus tard dans la soirée, Mathilda nous dit qu'elle a soif et elle disparaît en un instant afin d'aller se servir un rafraîchissement. Les minutes s'écoulent et elle ne revient pourtant pas. Au début, avec Jenny, nous nous disons qu'elle doit mettre juste un peu de temps. Le temps passe et toujours aucune Mathilda qui revient. Sachant qu'elle nous avait dit qu'elle revenait immédiatement après, avec Jenny, nous trouvons cela un peu suspect. 

    Point de vue de Mathilda:

    A la base, je devais simplement aller me chercher une boisson sur les tables près d'un des murs. J'avais dit à Jenny et Anna que je revenais très vite.  J'avais besoin de me désaltérer et de me rafraîchir. J'ai l'impression de transpirer du visage et c'est assez désagréable. 

    Même après avoir bu un verre de jus de fruit - car oui, faut pas déconner non plus, le lycée ne nous a mis alcool à volonté-,  j'ai toujours chaud. La porte de la sortie n'est pas loin, à quelques mètres à peine. Je décide d'aller prendre l'air dehors afin de profiter de la brise nocturne d'été. 

    La musique me détruit un peu moins les oreilles. L'air frais de la nuit me caresse le visage. Je respire une grande bouffée d'air. 

    "La fête est à l'intérieur, Mathilda."

    Je me retourne vers la provenance de la voix masculine venant de prononcer ces mots. Ethan tient un verre à la main. Et lui, ce n'est sûrement pas du jus de fruit qu'il contient. 

    "Même ce soir, tu décides de venir m'agacer? je lui réponds en haussant un sourcil. 

    -Comment va Anna? me demande-t-il. 

    Bien sûr... il s'inquiète pour elle. Il faut dire que quand il l'a laissée, ce matin, elle était loin d'être pleine de joie. Je ne dirais pas qu'en ce moment, elle l'est, mais son humeur est déjà moins massacrante que ce matin.

    -Beaucoup mieux. Et je ne compte pas la laisser se remettre à se morfondre à nouveau. Ne t'inquiète pas pour elle. 

    Il hoche la tête avant de boire quelques gorgées de son verre. 

    -Je n'en doute pas, me dit-il, ensuite. 

    Il termine son verre cul sec et jette le verre en plastique dans une poubelle située à côté de lui. Je le regarde faire en haussant un sourcil et en me retenant de soupirer.

    "Tu as déjà bu combien de verres? 

    Ethan lève les yeux vers le ciel, paraissant compter dans sa tête ou juste se souvenir le nombre de verres qu'il a bu depuis le début de la soirée. 

    -Je dirais deux ou trois, au grand max. Pourquoi? Tu crains que je ne finisse dans un sale état? rit-il. Je suis un grand garçon et je ne compte pas finir la soirée à vomir ou faire n'importe quoi. 

    -Je n'aime pas les gens ivres. 

    -Dois-je comprendre par là que tu n'as pas envie de me voir boire jusqu'à en être bourré? me sourit-il. 

    -Tu fais ce que tu veux, lui dis-je en lui rendant son sourire. Tu l'as dis toi-même, tu es un grand garçon.

    Le regard d'Ethan me scrute quelques instants qui me paraissent durer une éternité. 

    -Qu'est-ce qu'il y a ? finis-je par l'interroger sur un ton exprimant une pointe d'exaspération. 

    -Certains boivent pour boire, juste pour faire comme tout le monde. D'autres, juste pour se rendre intéressant... d'autres pour oublier... Il y a plein de raison pour enchaîner les verres d'alcool jusqu'à en être ivre. Et puis, certains prennent quelques verres pour se donner un courage qu'ils n'ont pas."

    En l'écoutant, je ne saisis pas vraiment où Ethan souhaite en venir. J'attends qu'il continue à parler afin d'être plus clair mais il ne le fait pas. 

    "Ethan ?"

    Il s'est avancée vers moi et se tient tout près. 

    "Dans quelle catégorie te situes-tu, toi? je lui demande. 

    Il me sourit. 

    -Il me semble que c'est évident, non? La dernière."

    A peine eut-il fini sa phrase que ses lèvres se posent sur les miennes. Par pur réflexe d'auto-défense, je lui mets, immédiatement une claque en me reculant de plusieurs pas. 

    "A quoi joues-tu?! je hurle. 

    Il ne me répond rien. Ethan se frotte la joue. J'ai dû taper peut-être un peu fort. 

    -Tu espères encore gagner?! Pauvre type! C'est pathétique!"

    Je me défoule en lui balançant tout un tas de noms plus insultant pour lui les uns que les autres. Il ne dit rien, impassible, il regarde devant lui, la pénombre. Je ne sais pas vraiment s'il m'écoute. Je termine, finalement, par épuiser mon réservoir d'insultes. 

    Lorsque je me tais, Ethan me jette un regard. Il a mis ses mains dans ses poches.

    "Tu pleures, me dit-il simplement. 

    J'écarquille un peu les yeux. Maintenant qu'il me le fait remarquer, je sens, effectivement, une gouttelette en train de couler le long de ma joue. Je l'essuies d'un revers de main. 

    -J'ai arrêter de jouer. Tu peux penser que j'ai toujours l'espoir d'égaliser avec Léo. Mais ce n'est pas le cas. Tu peux m'insulter autant que tu veux. Je le mérite pour ce que j'ai pu faire. Mais ne le fais pas pour le motif que j'ai voulu embrasser la fille me plait."

    Je discerne, même dans l'obscurité, ses joues rougir légèrement. Il ne me regarde pas. Ses yeux fixent un point au-dessus de ma tête. Et je regrette aussitôt les horreurs que je viens de lui balancer  à la figure. 

    Point de vue d'Anna:

    La musique s'est arrêtée. Mathilda est revenue nous voir un long moment après être partie. Nous lui avons demandée, avec Jenny, ce qu'elle faisait. Elle nous a souri, d'un air rassurant, en nous expliquant qu'elle avait eu chaud et qu'elle avait simplement voulu prendre l'air, un moment. 

    Dans le gymnase, une sorte d'estrade a été installée contre un mur. Cela me fait penser à un podium. N'ayant plus aucune musique, tous les regards se sont tournés vers cette fameuse estrade. Robin, le cousin de Léo, est monté dessus, un micro à la main. Le sourire carnassier qu'il affiche me répugne. Peut-être justement parce que les traits de son visage me rappelle ceux de celui de Léo. 

    "L'année scolaire touche à sa fin, pour vous, les terminales. Et comme chaque année, un autre événement se termine, celui des virginity games. "

    Je grimace. Sa manière de parler me fait penser à un présentateur de jeu télévisé. J'ai la soudaine impression que les virginity games s'apparentent à une sorte de télé réalité mais, au sein d'un lycée, et suivit simplement par les lycéens de celui-ci. Cette simple idée me fait d'avantage grimacer. Robin poursuit son petit discours:

    "Et nous avons un gagnant. Mais avant d'annoncer son nom, il convient de faire la présentation des futurs joueurs invités ce soir."

    Robin appelle  à venir sur l'estrade Thomas, le frère de Nathan, Valentin, Jake et il se nomme, ensuite, lui-même. Parmi les quatre garçons, Thomas semble le plus mal à l'aise de se retrouver devant une foule. Robin, à l'inverse, est celui qui semble avoir le plus de fierté de se tenir là. A ce dernier, je ne lui souhaite qu'une chose: de perdre et de comprendre que ce jeu ne rapporte aucun mérite et est d'une violence assez forte.

    Les trois autres garçons descendent de l'estrade, laissant Robin, une fois de plus, seul, avec son micro.

    "Et maintenant, il est temps d'annoncer le grand vainqueur de cette année."

    C'est une énorme mascarade. Tout le monde sait déjà qui est le gagnant... si on peut le nommer gagnant de véritablement quelque chose, bien entendu. Mathilda m'a expliqué que chaque année, c'est l'apprenti du gagnant qui venait l'annoncer. Il n'y a donc aucun suspense, aucune surprise. Pourtant, Robin fait comme si personne ne connaissait déjà le nom du gagnant. 

    "Je vous demande un tonnerre d'acclamations pour notre grand champion de cette année, j'ai nommé... Léo!!!"

    Léo sort de l'ombre et s'avance vers l'estrade, un sourire satisfait affiché sur le visage. Il est applaudit comme un héros par un grand nombre de terminales présents. 

    Je le fixe. Ou plutôt, je fixe son dos. Je suis entre Mathilda et Jenny et celle-ci pose une main sur mon épaule comme pour me donner un message d'encouragement du genre: "C'est qu'un moment, quelques minutes, et après, tu ne seras plus obligé de supporter de voir sa tête." Enfin, c'est de cette manière que j’interprète son geste.  

    Une fois sur l'estrade, à côté de son cousin, Léo fait face à la salle. Robin lui donne le micro. Je déteste le sourire qu'il affiche. J'aurais aimé détourné le regard de lui mais, pour une raison que j'ignore, j'en suis incapable. 

    "C'est le moment où je suis censé faire un petit discours? dit-il en voulant paraître un peu ironique sans perdre son agaçnt sourire. 

    -Je suis heureux d'avoir gagné, bien entendu, mais, depuis le début de l'année, je n'en ai jamais douté."

    Il balaye de son regard la salle. Nos regards se croisent. J'ai l'impression que cet instant dure longtemps. Quand il ne me regarde plus, je constate que je me suis mise à serrer les poings. 

    Léo n'a rien dit de plus après ces quelques mots. Il est toujours sur l'estrade. Il ne sourit plus et arbore une expression, cette fois-ci, beaucoup plus sérieuse. A-t-il terminé de parler? Déjà, cela me semble un peu court et, en plus, il serait descendu de l'estrade si tel est le cas. Or, il ne bouge pas. Léo semble chercher les mots adéquats qu'il va prononcer. 

    -Ouais.. J'ai jamais douté de ma victoire, reprend-t-il en parlant de nouveau dans le micro. Sauf qu'en réalité, j'ai perdu. J'ai effectivement plus de bracelets, au final, que mes adversaires, mais, j'ai enfreint l'une des plus importantes règles de ce jeu. Le sentiment amoureux est banni entre un pion et un joueur. 

    Il fait une pause et son regard se pose de nouveau sur moi. Je le fixe, sans remarquer que je retiens ma respiration.  Il poursuit sans cesser de me regarder:

    -Et je suis tombé complétement amoureux. Et, puisque je suis un idiot, j'ai perdu bien plus que je n'ai gagné. Je m'en suis rendu compte quand j'ai vu ses larmes. Elle pleurait par ma faute. Elle pleurait parce que j'ai joué avec ses sentiments, que je les ai écrasé comme un insecte. Et pour cela, j'ai tout perdu."

    Personne n'ose prononcer un seul mot. Tout le monde écoute Léo parler.  

    "J'ai menti sur de nombreux points pour attirer son attention. Et sans m'en rendre compte, j'ai voulu véritablement lui plaire. Je pourrais encore être en train de sortir un mensonge."

    Il descend de l'estrade en balançant le micro à son cousin. Des murmures s'élèvent parmi quelques élèves. Ce n'est pas ainsi que la soirée devait tourner. 

    Léo vient jusque devant moi. Beaucoup trop de regards sont tournés vers nous.

    "J'ai mis ma fierté de côté, ce soir. De toute façon, je ne suis pas fier, Anna. C'est peut-être trop tard pour le demander et pour encore l'espérer mais j'aimerais que tu me laisses une chance. Je t'aime, Anna."

    En parlant, il n'a pas cessé de me regarder dans les yeux, j'ai pu y lire du regret, de la tristesse et une lueur d'espoir. Il a pris mes mains dans les siennes. J'oublie que nous ne sommes pas seuls, qu'il y a beaucoup de monde autour de nous. 

    C'est idiot de ma part, mais en un court instant, il vient de gommer la peine que j'ai pu ressentir par sa faute. Je devrais le détester, et je le déteste, mais, en même temps, je l'aime. Je ne pensais pas que ces deux sentiments, si contradictoires, pouvaient se ressentir en même temps. Je ne devrais pas accepter de lui laisser encore une chance. C'est la raison qui parle. Mais mon coeur me souffle l'inverse. Je me sens de nouveau perdue. 

    Léo me fait sortir du gymnase. Nous sommes seuls, cette fois-ci. Il s'assoit sur les marche d'un escalier à quelques dizaines de mètres du gymnase et il m'invite à en faire autant. Je m'assois. 

    "Je t'en demande peut-être trop. J'abuse, souffle-t-il. 

    -Tu te rends compte de tout le mal que tu m'as fait? 

    -Je le sais. Et tu ne peux pas me pardonner aussi facilement. Il ne me suffit pas de m'excuser pour tout arranger. Je ferais des efforts pour que tu comprennes que je regrette réellement et que je ne veux pas te perdre.

    -Si tu m'avais totalement perdue, crois-tu que je serais, là, en train de discuter avec toi?"

    Il me regarde et j'aperçois un mince sourire maladroit se dessinait sur son visage. Son regard azur s'emplit à nouveau d'une lueur d'espoir. Logiquement, je devrais couper les ponts avec lui, lui dire que je ne veux plus jamais le revoir, qu'il m'a prise pour une idiote et que je suis incapable de lui pardonner. Mais est-ce ce que je veux? Est-ce que je souffrirais plus en essayant de recoller les morceaux avec lui ou en tentant de l'oublier, de faire de lui un lointain souvenir appartenant au passé. 

    "Est-ce que tu me laisses encore une chance de faire partie de ta vie et de conquérir ton coeur? s'enquit-il.

    Je le regarde un instant et la réponse me saute directement aux yeux.

    -Tu n'as pas besoin de conquérir mon coeur. Et je te laisse une chance."

    Je suis incapable de le faire sortir de ma vie. C'est une simple pensée que je n'arrive pas à concevoir. 

    "Je te promets..., commence-t-il mais je le coupe.

    -Non, pas de promesse. Soyons juste ensemble, main dans la main et nous verrons si l'avenir nous donne notre chance. "

    Je l'embrasse.

    ******************************************************

    Mathilda et Ethan avait assisté à toute la scène de loin. Ils sont à l'entrée du gymnase.

    "Déçu? lui demande Mathilda.

    -Je ne vais pas me ravir. Mais il n'y a que lui pour la faire passer des larmes au sourire. 

    Ethan devait l'admettre: il a une dent contre Léo pour avoir fait du mal à Anna mais, d'un autre côté, quand il était à ses côtés, Anna rayonnait de bonheur. Et il n'était pas le seul à l'avoir remarqué.

    -Si jamais il lui fait encore du mal, nous serons là pour elle, sourit Mathilda.

    -Comme des anges gardiens? 

    -J'aime bien cette image."

    Ethan prit Mathilda par la main. Eux aussi ont décidé de laisser l'avenir leur donner leur chance. 

    END

    J'ai terminé cette fiction après plus d'un an d'écriture, un an et un peu plus de trois mois, si l'on veut être précis. C'est la première fois que j'arrive à terminer une fiction et je dois dire que j'ai eu, à des moments, l'envie d'arrêter, par manque d'inspiration. Mais j'en suis venue à bout. Et j'en suis très fière. 

    Je voulais vous remercier, vous qui avait lu cette fiction depuis le début et qui m'avaient encouragé à écrire. J'espère que vous trouverez cette fin à votre goût. 

    Kiss de votre dévouée Lady Angel ~

     

     

     

     

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