• Chapitre 36

    Chapitre 36

    Point de vue d'Anna:

    Le piano est vraiment l'instrument que je préfère. C'est peut-être un peu commun et cliché mais j'aime vraiment les sons produits par cet instrument. Il y a une certaine harmonie qui me touche plus que lorsque j'entend un autre instrument. Et puis, Léo sait jouer du piano. Il ne fait aucune fausse note aux intonations disgracieuses. Je l'écoute tandis qu'il laisse ses doigts glisser avec maîtrise et légèreté sur  les touches. 

    Mon regard passe du piano à celui qui en joue. Léo a une expression impassible sur le visage. Il regarde avec concentration ce qu'il fait. Il me parait alors, en ce moment précis, déconnecté de la réalité. Je suppose que c'est une manière pour lui de décroché de son quotidien. Une façon qu'il a trouvé pour s'échapper de ce qui le blesse intérieurement. Je souris tristement, me sentant triste pour lui. Je ne voulais pas ressentir de la compassion à son égard car, je sais, qu'il le prendrait mal. 

    Soudain, Léo s'arrête de jouer et se met à regarder dans ma direction. 

    "Je rêve ou tu es en train de me mater? me demande-t-il en souriant d'une façon malicieuse. 

    -Pas du tout!" je m'empresse de lui répondre.

    Bon... je ne le dirais pas à haute voix mais c'était un peu ce que je faisais à l'instant, non ? Son sourire s'accentue dévoilant sa dentition. Je n'avais pas remarqué ce genre de détails avant. Mais les dents de Léo ne sont pas d'un blanc immaculé. Elles ne sont pas jaunes non plus. En fait, il a une belle dentition même si elle ne correspond pas vraiment aux descriptions qu'on peut lire dans les livres aux aspirations de romances. 

    Je le scrute réellement pour la première fois. C'est un beau garçon, personne ne peut dire le contraire. Mais, comme tout le monde, il est loin d'être parfait. Quand il sourit, il y a un côté de sa lèvre qui se lève plus que l'autre. A bien y regarder,  il a aussi un sourcils plus bas que l'autre. Ce sont des détails qu'on ne remarque pas aux premiers abords d'une personne. Ces détails confèrent tout de même à Léo quelque chose que la perfection, si elle existait, ne lui donnerait pas. C'est par ses imperfections qu'il a du charme, qu'il émane de lui ce quelque chose qui fait craquer autant les filles qu'il a pu séduire par son physique. 

    "Tu comptes me fixer longtemps, Anna? Je sais que je suis beau gosse et que, finalement, tu en pinces pour moi même si tu ne l'avoues pas mais bon... C'est un peu gênant que tu me regardes de la sorte.

    J'allais m'excuser quand je prend conscience de ce qu'il vient de dire juste avant.

    -Pardon? Tu ne m'intéresses pas du tout. Tu devrais l'avoir compris... 

    Je n'aime pas ce Léo qui prend tout à légère, qui donne une impression de supériorité face aux autres et qui ironise en se moquant de tout. Et si je ne l'apprécie pas, ce Léo-ci, c'est parce que c'est celui que tout le monde connait. Un vulgaire masque derrière lequel il s'est caché depuis trop de temps. En fait, je déteste ce Léo-ci puisqu'il ne reflète pas véritablement Léo. 

    S'approchant de moi, il me sourit d'un air innocent et s'arrête juste devant moi.

    -Allons, Anna, tu n'as aucune conviction dans ce que tu dis et ton regard vient de te trahir. Avoues le au moins.

    -Avouer quoi, Léo? Te dire que tu n'es pas désagréable à regarder? Et bien, si c'est ce que tu veux, soit! Tu est beau. Mais à quoi cela t'avance-t-il que je te le dise? Tu le sais déjà que tu l'es. Tout le sait et tout le monde le voit et, je suppose, que ce compliment, tout le monde te le dit. Et ce n'est pas parce que tu as un physique plaisant que tu m'intéresses pour autant. Alors, pour répondre à ta question, non, tu ne m'intéresses pas, Léo. Là, tu transpires l'arrogance que tu gâches tout, tout seul . A t'entendre, il suffit que tu sois beau pour que tu me plaises mais ce n'est pas le cas.

    Je n'ai pris aucune pincettes cette fois-là. Et il me semble que c'est aussi la première fois que je dis tout ce que je pense de manière aussi direct à quelqu'un. Surtout que ce n'est pas du positif. Léo ne semble pas en revenir non plus. Il me fixe comme si j'étais un OVNI. Et je dois dire que cela m'embarrasse. Il décide enfin de me répondre après trop de secondes silencieuses. 

    -Décidément... quand je te parle, tu me donnes des leçons de morale qui vont de façon crescendo. A quand le volume de 300 pages? 

    Je suis abasourdie. Il arrive encore à faire de l'humour?

    -Toutefois, poursuit-il, je vais peut-être trop loin. T'as raison, Anna, les meufs, elles me tombent dans les bras et me pardonnent parce que je suis attrayant physiquement parlant. Et t'as raison aussi sur le fait que j'en ai parfaitement conscience. Par contre, tu es de mauvaise fois en osant dire que je n'intéresse pas le moins du monde. La preuve en est: tu as appris certaines choses sur moi que personne ne devaient savoir et tu t'es inquiété. Oh? Tu croyais que je ne l'avais pas remarqué? Je suis peut-être dans une mauvaise passe où j'apprécie la solitude mais j'ai des yeux et je vois tout. Si je n'étais pas aussi arrogant, comme tu le prétends, est-ce que ta réponse serait la même.

    -Non. Mais elle ne changerait pas le résultat.

    Il me regarde en haussant un sourcil alors je continue:

    -Je ne suis pas intéressée par un mec qui me ridiculiserait pour juste gagner un stupide jeu en ignorant le mal qu'il provoque autour de lui."

     Léo ne réplique pas. Les traits de son visage ne trahissent aucune émotion. A quoi pense-t-il ? Son impassibilité est perturbante. Je le fixe avec une certaine incompréhension. 

    Soudain, Léo se rapproche encore jusqu'à ce qu'il ne reste que quelques centimètres entre nos deux visages. Il est si près que je peux sentir son souffle sur mes joues. Je peux distinguer les nuances de bleus, qui semblent danser, dans ses pupilles. Il me regarde droit dans les yeux. Je sens mes joues s'empourprer et mon corps, tout entier, se raidir, par crainte de la suite que je ne pense que trop bien deviner...

    Léo se rapproche encore plus tandis que je n'ose pas bouger. 

    "Léo..."

    J'allais lui demander de s'éloigner pour reprendre une distance plus convenable entre nous mais il ne m'en laisse pas le temps en posant un doigt sur ma bouche, coupant court à mes paroles. Il caresse ensuite mes lèvres du bout de ses doigts avec une douceur que je ne lui savais pas. 

    Mon coeur tambourine dans ma poitrine à faire rompre ma cage thoracique. J'ai l'horrible impression que plus aucune pensée censée n'arrive à trouver son chemin jusqu'à mon cerveau. La façon dont me regarde Léo me chamboule de l'intérieur. J'ai la désagréable sensation de me sentir fondre. 

    Il se rapproche encore et nous ne sommes séparés plus que par quelques millimètres insignifiants. Par pur réflexe, je ferme les yeux. 

    Rien ne se passe. 

    Je rouvre mes yeux et je constate, avec bonheur? Amertume? Je ne sais pas vraiment, en fait... que le visage de Léo s'est éloigné du mien et qu'il me regarde légèrement de haut. Un instant, je crois lire dans son regard une sorte de déception comme si je n'avais pas réagi de la bonne façon. 

    "Anna, tu ne croyais tout de même pas que j'allais t'embrasser? me lance-t-il sur un ton sarcastique. 

    Mes pommettes sont écarlates et mon coeur refuse de reprendre un rythme normal. Oui, j'ai cru qu'il allait m'embrasser. Aucun son correct ne sort de ma bouche, je bafouille de manière idiote et quand j'arrive, enfin, à aligner quelques mots, ceux-ci forment une phrase sans aucun sens. Il me regarde d'un air de réprimande. 

    -Tu vois? Ce que tu m'as dit n'est que du vent. Je ne t'intéresse pas et pourtant, alors que j'aurais pu t'embrasser, tu t'es laissée faire.

    -Je..

    -Tu quoi? Tu vas me dire que c'est faux? Et si tu le disais, qui penserais-tu le plus convaincre de nous deux? Moi ou toi?

    Il me regarde, à présent, avec des yeux furibonds, comme s'il m'en voulait. Je baisse le regard, ne supportant pas de soutenir le sien. J'essaye également de cacher mes joues rouges.

    -Tu te crois peut-être différente des autres mais tu es pareil. Finalement, il suffit de peu pour t'avoir. T'es pas différente ni d'Amandine, ni de Kim, ni des autres filles que j'ai pu mettre mon lit, ni de mère."

    Le ton de sa voix me glace le sang. Plus il fait son énumération, plus je sens de la colère dans le timbre grave de sa voix. Il m'observe quelques instants en silence, guettant ma réaction alors que je retiens mes larmes en sentant une chaleur des plus désagréables me traverser. 

    Léo tourne les talons, prend son sac resté près du piano, et part de la salle de musique, me laissant. 

    Je ne retiens plus les quelques larmes qui ne tardent pas à perler sur mes joues. Je suis en colère contre lui de me comparer à Kim ou ses conquêtes d'avant ou même de m'assimiler à sa mère qui l'a laissé tomber en partant avec un homme, autre que son père. Ethan me l'a précisée. Et puis, je suis aussi en colère contre moi-même. Parce que je refuse l'avouer mais je ne suis pas indifférente à Léo. Je ne suis qu'un pantin qu'il aurait pu si facilement manipulée quelques minutes plus tôt. Je suis en colère qu'il me plaise. Comment en suis-je arrivée là? Je me suis laissée attendrir en découvrant d'autres facettes de lui. Des facettes qu'il cache. Et je me déteste de m'être laissée attirer par Léo parce que je sais que, maintenant, je vais en souffrir. 

    Lorsque la sonnerie de fin d'heure retentit. Je me hâte d'essuyer les quelques larmes encore présentes sur mes joues. Puis, je prends mes affaires avant de quitter la salle de musique. Je ne sais pas de quoi j'ai l'air mais sûrement que cela se remarque que je n'ai pas une bonne mine. Je rejoins le parking pour attendre Ethan. 

    Dès qu'il arrive, il me fixe avec un air étonné.

    "Qu'est-ce qui t'es arrivé? me demande-t-il en ouvrant la voiture et qu'on y monte. 

     -Rien. 

    Il soupire avec un certain agacement. 

    -Ton mascara te fait des yeux de pandas. Et tu as les yeux rouges. 

    J'ouvre le pare-soleil du côté passager où il y a un miroir.. Il a raison. Je comprend maintenant pourquoi quelques élèves m'ont regardé comme si j'étais une extraterrestre. Il ne démarre pas.

    -Dis-moi ce qui t'as fait pleuré et ensuite, je te ramène?

    -Et je n'ai pas envie d'en parler? 

    -Ce n'est pas mon problème. Tu me le dis quand même. "

    Je regarde Ethan. Il ne plaisante pas. Il ne me lâchera pas. Je soupire et lui explique brièvement, le moins possible, ce qu'il s'est passé dans la salle de musique. Il démarre sa voiture. Je l'entends grincer des dents et marmonner quelque chose que je ne comprend pas. Je lui demande de répéter.  

    "Je vais lui foutre mon poing dans la gueule pour t'avoir fait pleurer."

    En cet instant, la proposition d'Ethan est fortement tentante. Mais je lui demande de ne pas s'en mêler. Ethan me regarde, contrarié. Je n'ai pas envie de créer d'histoires et Ethan se bat avec Léo... c'est tout simplement mal parti. 

    De plus, la fin de l'année approche à grand pas, ce qui signifie que ces stupides jeux vont, eux aussi, se terminer, d'ici environ deux mois. 

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Dimanche 8 Mai 2016 à 20:41

    Ah lala petite Anna. C'est beau et douloureux l'amour^^ Deux mois...hum..il peut s'en passer des choses en deux mois.

    2
    Dimanche 8 Mai 2016 à 21:33

    Oh oui, il peut s'en passer des choses ~

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